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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Liv. II. 145

rourner; mais je lui déclarai que mon parti étoit pris& que je n'en dé-mordrois pas, düt-il m'en coũter la vie. Là-deſſus l'ayant quitté, je mejettai bruſquement dans mon Balon à quatre-vingt Rameurs.

PouRk me vanger de M. Conſtance, j'embarquai malicieuſement avec moiFOncle de ſa Femme, qui étoit Métif, aſſez bon-homme; mais nullementguerrier. J'étois bien aiſe, en lui faiſant tenir la place d'un des deux hom-mes qui devoient m'accompagner, de lui faire courir la moitié du riſque,& de le mettre à portée de connoitre par lui-même, dequoi M. Conſtanceétoit capable. Pendant le trajet de Bancok à l'endroit de la Rade où étoitle Vaiſſeau, ce bon Japonois ne ceſſa de me demander où je prétendois leconduire; mais il n'étoit pas encore tems de ſatisfaire ſa curioſité. Quandnous fũmes à la Barre, je pris un Bàateau propre pour la Mer, dans lequelayant embarqué huit de mes Rameurs, avec l'Oncle de la Dame Conſtance& le Gouverneur de la Barre, nous voguâmes vers le Vaiſſeau Anglois.Nous n'en étions plus qu'à deux lieues, ſorſque mon Métif me demanda en-core ouù je le menois. Pour toute réponſe je lui préſentai Fordre du Roi,que je lui expliquai en Portugais. II en fut ſi effrayé, que ne ſe poſſedantplus, il s'Scria les larmes aux yeux;„ Que vous ai-je donc fait, Mr., pour„ me conduire ainſi à la boucherie? Et quel cas, je vous prie, ce Capitai-„ ne Anglois fera-t'il des ordres du Roi, qu'il ne craint point,& qui auſſi„ ne ſera certainement pas le plus fort dans toute cette affaire?“ je luirépondis que quand on ctoit au ſervice d'un Roi, il falloit obéir à la lettre,ſans examiner le péril, nos biens& nos vies étant à la diſpoſition de nosSouverains.

TouTEs ces raiſons, loin de perſuader mon homme, augmentoient en-core ſa frayeur. Elle redoubloit à l'approche du Navire. Pour le raſſurer,je lui dis que j'avois trouvé un expédient à la faveur duquel je comptoisde prendre ce Capitaine, ſans trop nous expoſer ni Pun ni l'autre, en l'obli-geant ſous quelque prétexte de paſſer à mon bord. En meme-tems je luĩremis l'ordre du Roi, pour le garder en poche juſqu'à-ce que nous en au-rions beſoin;& je Pexhortai fuür-tout à s'armer de courage, ſans quoi toutnôtre projet échoueroit infailliblement. Cet homme, plus prudent que deraiſon, voulut encore ſgavoir ce que je ferois, au cas que mon entrepri-ſe ne réüſſit pas?„ Alors, lui répondis-je, je me conduirai à la Macaſar-„ de; je mettrai'épée à la main; je dirai au Capitaine que j'ai ordre de„ Parrêter,& que s'iil fait la moindre réſiſtance je le tuerai. A ces mots„ vous ſortirez Pordre du Roi,& vous crierez aux gens de'Equipage„ que s'ils réſiſtent, Sa Majeſté Siamoiſe les fera tous pendre“. Hé! Mon-ſieur, me répondit-il, nous allons donc mourir?„ C'eſt nôtre ſort, lui„ dis-je, mourir aujourd'hui ou demain, qu'importe, pourvũ que ce ſoit„ glorieuſement“.

CEFENDANT nous abordàmes le Navire; j'y montai ſuivi du Japonoisqui étoit plus mort que vif. Le Capitaine Angſois qui s'en appergut, medemanda ce qu'il lui manquoit;& ſur ma réponſe, qu'il craignoit un peula Mer, on nous fit entrer dans la Chambrè de poupe, où l'on apporta duvin,& je fus ſalué d'un grand nombre de coups de canon, apres bien desexcuſes que le Capitaine me fit ſur Pétat ouù je le trouvois, c' eſt-à-dire en

XII. Part. 12 robbe

FoRnIV.1686.

L'Oncle duMiniſtre enpartage ledanger.

Commenet»'Auteur s'entire.