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Tome douzième.
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146
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FoRBIN.

1686.

IIl ſe ſaiſitpar ſurpriſed'un Capitai-ne de Vaiſ-ſeau Anglois.

Riſque qu'ilcourt d'etrepris à ſon tourpar les An-

glois.

Ses plain-tes à M.Conſtance.

146 VvVOYACGCES DANS LE

robbe de chambre& en bonnet. Enſuite ſouhaitant de ſgçavoir quelles affai-res m'amenoient à ſon bord, je lui fis connottre qu'il s'agiſfoit d'un deſſeinformé par les Hollandois, de venir brüler tous les Vaiſſeaux qui étoientà la Rade;& que pour prévenir leur Flotte qui étoit déja en Mer, j'avoisordre d'aſſembler tous les Capitaines des Vaiſſeaux,& de nous concerterenſemble ſur les meſures qu'il y auroit à prendre dans une conjoncture ſidélicate. L Anglois avec autant de bonne-foi que j'en faiſois paroitre, merépondit qu'il alloit faire mettre la Chaloupe en Mer, pour appeller à ſonbord tous les Officiers aux environs. J'affectai d'approuver ſon deſſein;mais me raviſant un moment apréès, je lui repréſentai que ſon Navire étantle plus éloigné, il vaudrolt mieux qu'il ſe mit lui-même dans la Chaloupe;que nous irions, lui d'un cêté, moi de J'autre, raſſembler tout ce qu'il yavoit de Capitaines dans la Rade; que nous les menerions dans le Navire leplus proche de la Barre,& que le Conſeil fini, chacun regagneroit ſonbord, ſans avoir tant de chemin à faire.

LE Capitaine qui étoit fans défiance, acquieſga volontiers à ma propoſi-tion. Comme je craignois toüjours qu’il ne changeât de ſentiment, je lepreſſai de profiter de Ia marée qui commengoit à paſſer,& ſautant dansmon Bateau, je m'y aſſis, comme pour m'éloigner auſſi de mon côté; maisun moment aprés, feignant d'avoir oublié quelque choſe d'eſſentiel, je criaiau Capitaine, qui, dans la vüe de me faire honneur, ſe tenoit ſur le bordde ſon Batiment, pour me voir partir, que s'il vouloit ſe donner la peinede deſcendre, j'avois encore un mot important à lui dire. II vint, 4& 8'6-tant placé auprès de moi, je gagnai au large; dequoi s'appercevant bien-tôt, il me demanda, où je prétendois donc le conduire ainſi nud;& ſansattendre ma réponſe, il ſe mit à crier à ſon équipage. J'ordonnai alors àmes gens de faire force de rames,& déclarant au Capitaine l'ordre quepavois, je lui témoignai combien j'étois mortifié d'avoir en beſoin de re-courir à ces ruſes pour exécuter ma commiſſion.

CEPENDANT la Chaloupe commengoit à me donner la chaſſe. Commeje vis que je ne pouvois eviter d'étre pris, jallai à bord d'un petit Bäti-ment Portugais,& le piſtolet à la main, j'ordonnai à mon Priſonnier demonter fans héſiter, s'il ne vouloit que je lui brulaſſe la cervelle. Deés qu'ilfut entré dans le Batiment, je demandai main forte à'Officier, qui ſe miten devoir de me l'accorder; mais huit ou dix hommes qu'il avoit avec lui,étoient d'une foible reſſource contre une trentaine d Européens bien armés,& réſolus de combattre vigoureuſement pour ſauver leur Capitaine. Ie disdonc à celui- ci de crier à Ies gens de s'en retourner, ſans quoi ctoit faitde ſa vie. Le ton ferme dont j'accompagnai ces paroles, porta le Capitaineà faire retirer ſon monde. Quand je les vis loin, je rentrai dans mon Ba-teau,& repris la route de Bancok, ouù je n'oubliai rien de tout ce qui pou-voit rendre à mon Anglois ſa priſon plus ſupportable.

IE donnai avis à M. Conſtance de la fidélité avec laquelle j'avois exécu-té fes ordres, dont je crus devoir me plaindre, mais avec circonſpection,parceque je n'étois pas le plus fort,& que j'avois à faire à un ennemidangereux. je me contentai de lui repréſenter, que les commiſſions qu'ilme donnoit n'etoient pas tout-à-faĩt dignes de moi,& qu’il ne paroiſſoit

gueres