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Tome douzième.
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ROYXAUME DE SIA M, Lrv. II. 147

guêres convenable d'envoyer à un Amiral, des ordres dont on ne char-geoit ordinairement que les moindres Offciers fubalternes. En mêeme-tems je fis partir mon Priſonnier pour Louvo, ou il ſe tira d'affaire, moyen-nant dix mille écus que M. Conſtance jugea à propos de s'approprier. Quantà moi, ce Miniſtre nia de m'avoir expedié l'ordre en queſtion,& dans laréponſe qu'il me fit, me taxant une ſeconde fois de temêrité& d'impruden-ce, il me deffendit de la part du Roi, de m'éloigner de Bancok au-delà dedeux lieues.

OurRE de ce procedé, je ne m'occupai plus que de mon retour enFrance; Mais en attendant l'occaſion favorable, je pris le parti de difſimu-ler,& pour tromper mon ennui dans cette eſpèce d'exil, je m'amuſois detems en tems à la pêche des crocodiles, qu'on trouve en grand nombre auxenvirons de Bancok. Un jour que je revenois de cette peche, je füs fortſurpris en rentrant chez moi, d'y revoir les quatre Jéſuites qui étoientpartis peu de tems auparavant pour la Chine. Ces Péres étoient dans unStat pitoyable. IIs avoient fait naufrage ſur les Cotes de Camboye& deSiam,& avoient ſouffert au-delà de toute expreſſion, dans la néceſſité oùils s'toient trouvés de traverſer à pied des Pays preſque inacceſſibles(2).Je leur fis le meilleur accueil qu'il me fut poffible. Comme j'avois ſur lecœur tous les mauvais procedés de M. Conſtance, je leur montrai Pordreque j avois regu au ſujet du Capitaine Anglois,& ſa réponſe du Miniſtreau rapport que je lui avois fait de cette expédition. Quelque diſcretsqu'ils füſſent, ces Pêres ne purent retenir leur indignation,& me parlantplus ouvertement que la premiere fois(a), ils me conſeillérent ſans dé-tour, de me retirer le plutOt que je pourrois, dans la crainte qu'à la finle Miniſtre ne prit ſi bien ſes meſures, que je ne lui echaperois plus.

ExFIN ne voulant pas renvoyer mon départ, je réſolus de profiter duretour d'un Vaiſſeau de la Compagnie d'Orient, qui étoit arrivé de Pondi-chery depuis quelques jours; Mais apres les emplois que j'avois rempli àSiam,& les bontés dont le Roi m'avoit toũjours honoré, il ne me conve-noit pas de partir en déſerteur; J'écrivis donc à M. Conſtance pour le prierde semployer à me faire obtenir mon congé du Roi, ſous prétexte quema ſanté, qui s'affoibliſſoit tous les jours, ne me permettoit pas de demeu-rer plus long-tems dans le Royaume;& je m'offrois d'aller moi-même à laCour, demander la permiſſion de me retirer, sil jugeoit que cette démar-che fut néceſfaire. Comme il m'avoit plus les mêmes raifons qu'autrefoisde craindre mon retour en France,& qu'il ne vouloit point me revoir à laCour, il me répondit tout de ſuite, que Pintention du Roi n'étant pas deme forcer, il m'Stoit libre de me retirer où il me plairoit.

AvaNT que de quitter Bancok, j'écrivis à un jeune Mandarin de mes

amis,

(2) Voyez ci-deſſus la Relation du P. de lors abſent. Cette contradiction n'eſt re-

Fontenay, qui ſe louõ fort des attentions qu'ilsregurent de l'Auteur à leur retour.

(4) Ceſt la ſeconde fois que l'Auteur ditavoir vü les Jéſuites à leur départ, quoiqueſuivant le P. de Fontenay, il ſe trouvàt pour

marquable que par ſa ſingularité, étant auſſipeu ſuſceptible de conciſiation que de quel-que intérét perſonnel, ou de quelque erreurinvolontaire que ce puiſſe être.

T 2

F„FORBIN.

Nouveauxreprochesqu'il en re-coit.

Il ne ſongeplus qu'à ſonretour.

Son entre-vüe avec qua-tre Iéſuites,au ſujet de M.Conſtance,

Il obtienetſon congéde ce Mi-niſtre.

Ordre duRoi pour lefaire venir à leCour.