Band 
Tome douzième.
Seite
148
JPEG-Download
 

FoRmIN.1686.

Conſtancelui envoye unOfficier Por-tugais.

Défiancesau ſujet de ſacommiſſion.

Forbin re-fuſe de femettre entreſes mains.

Son départ.

1687.

Paſſage duDétroit deMalaca-.

Haitresexcellentes.

Singe monſ-trueux queUAuteur tue.

148 VvOYAGES DANS L E

amis, nommé Prepi, le même que j'avois ſauvé de la baſtonnade,& quien reconnoiſſance de ce ſervice m'étoit toüjours reſté attaché depuis. jelui mandois qu'en prenant congé de lui, ſur le point de retourner enFrance, je le priois de me conſerver une part dans ſon amitié,& de con-tinuér à protéger les Frangois. Prepi touché de mon départ, en parla auRoi, qui fut furpris de cette nouvelle. Il en demanda les raiſons à ſon Mi-niſtre,& lui ordonna de me faire venir à la Cour pour les apprendre demoi-même. je fuüs informé de tout ce détail par la réponſe de Prepi. Surcet ordre, Conſtance ſe trouva fort embarraſſé: II ne vouloit pas que je pa-rüſſe à la Cour,& cependant il devoit m'y faire venir lui-même. Pour ſetirer d'intrigue, il m'envoya un Officier Portugais, qui ſous prétexte deme faire honneur, étoit chargé de me conduire à la Cour, de la part du-Roi.

LE piege étoit trop groſſier pour m'y hiſſer prendre. Je n'ignorois pasque le Rol, pour faire porter ſes ordres, ne ſe ſert jamais que des Soldatsde ſa garde. M. Evéque de Metellopolis, M. Manuél& le Facteur de laCompagnie, qui étoient préſens, lorfque le Portugais me parla, ne firentpas difficulté de me témoigner leurs inquiétudes à ce ſujet. M.'Evéqueſur-tout, me tirant à part,„ gardez-vous bien, me dit-il, de vous mettre„ entre les mains de ces Portugais; je connois M. Conſtance, n'en doutez„ pas, ces gens ont ordre de vous aſſaſſiner en chemin; aprées quoi le Mi-„ niſtre en ſera quitte pour les faire pendre, afin qu'ils ne puiſſent pas„ Taccuſer. II dira enſuite au Roi, qu’ il les a fait mourir pour vanger le„ meurtre du Chevalier de Forbin;& ce Prince, qui ne voit que par les„ yeux de ſon Miniſtre, prendra tout celà pour argent comptant. Croyez„ moi, tirez vous des mains d'un ennemi ſi artificieux&. ſiméchant, puiſ-„ que vous éêtes aſſez heureux que d'en avoir les moyens'.

je le remerciai, comme je devois, de ſes bons avis,& m'adreſſant à„'Officier, je lui dis que je ne reconnoiſſois nullement l'ordre qu'il m'etoitvenu ſignifier; que Sa Majeſté m'ayant permis de me retirer, il n'y avoitpas la moindre apparence qu'elle et ſi-tOt changé de réſolution, ni qu'ellevoulùt me retenir plus long-tems dans ſes Etats, malgré les bonnes raiſonsque j'avois eũ'honneur de lui alléguer; qu’il Pouvoit partir quand il juge-roit à propos,& porter ma réponſe à M. Conſtance. Je ne parlai ſi hautque parceque n'ayant pas à demeurer long-tems à Siam, je n'avois plus rien-à craindre de la haine du Miniſtre. En effet, dèes le lendemain nous mi-mes à la voile. Je m'eſtimois ſi heureux de quitter ce maudit Pays, quej'oubliai dans ce moment, toutes mes ſouffrances paſſées.

LEs vents contraires dont nous füúͤmes accueillis, en paſſant le Détroitde Malaca, nous obligèrent d'y mouiller pendant quelques jours. On ytrouva des huatres excellentes, qu'il falloit manger ſur le rocher meme, oùelles ſont attachées ſi fortement qu'il n'eſt pas poſſible de les en tirer. Unjour que je m'étois engagé aſſez avant dans les terres, pour chaſſer, je tuaiun ſinge monſtrueux, qui venoit à moi; les yeux étincelans de fureur,&avec un air d'aſſurance capable de m'effrayer, ſi je menfſe été armé d'unbon fuſil de chaſſe. Il avoit près de trois pieds de hauteur; ſa queue étoitlongue de cinq pieds, la face groſſe& toute ſemée de bourgeons. vr-

nabi-