ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 149
habitans du Pays m'aſſurèérent que j'avois été heureux de tuer cet animal,qui auroit pi m'étrangler, ſi j'euſſe manqué mon coup. Nos Matelots a-vouerent qu'ils n'avoient jamais vü de ſinge ſi gros dans toutes les Indes.
Du Détroit de Malaca, nous paſfàmes par les Iſles de Nicobar, dont leshabitans ſont des Sauvages, qui vont entiérement nuds,& ne vivent quede poiſſon, ou de quelques fruits qu'ils trouvent dans les bois. A trentelieues au Nord de ces Iles, eſt celle dAndaman, que nous appergùmes deloin,& qui eſt peuplée d-Antropophages, les plus cruéls de toutes les In-des. Le reſte du trajet du Golfe de Bengale, fut des plus heureux juſqu'àPondichery, où M. Martin, qui étoit alors Directeur genéral de cet Etabliſ-ſement, me fit la meilleure réception qu'il lui fut poſſible.
PATTENDIS long-tems à Pondichery, l'arrivée des Vaiſſeaux d' Euro-pe, qui tardoient cette année plus que de coũtume. Mon occupation or-dinaire étoit la chaſſe. Ce divertiſſement manqua un jour de m'etre fu-neſte. Un renard que mes levriers avoient fait lever, s'étant retiré dansun terrier, je voulus l'obliger d'en ſortir, en rempliſſant le trou de paille,où je mis le feu;& tandis que j'étois baiſſé pour ſouffler, il en ſortit tout-à-coup un animal, qui s'élangant ſur moi, me renverſa, me paſſa ſur leviſage, en me couvrant de paille, de feu& de fumée,& alla ſe jetter àdeux pas de-là dans une Rivieère. Tout celà ſe fit ſi vite, que Tanimal étoitſous'eau avant que je fùſſe en état de me relever; ce qui joint à la frayeurdont je fus ſaiſi, m'empécha d'obſerver ſa figure; mais il n'eſt pas douteuxque ce ne ft un crocodile(L).
Mà curioſité m'attira bien-têt après une autre avanture, dont je me dé-gageai avec plus de bonheur que de prudence. Les habitans de Pondiche-ry, ont à une lieue de cette Ville, une Pagode fameuſe où ils célebrentchaque année une Fête ſolemnelle à l'honneur de leurs principales Divini-tés. je fus témoin des cérémonies extérieures d'une de ces Fétes;, mais onne voulut point me permettre Pentrée du Temple. Fy retournai deux joursapres,& me préſentai à la porte, avec ſept autres Frangois qui ſouhaitoientauſſi de le voir. Le Chef des Bramines s'oppoſa encore à nôtre deſſein-Sur ſon refus, ſans me mettre en peine de lui répondre, je me ſaiſis d'unpoignard qu'il avoit à la ceinture,& je lui en préſentai la pointe en le me-nagant de le tuér. II prit la fuite,& nous entràmes dans la Pagode, oùnous ne vimes que quantité d'Idoles de différentes grandeurs, toutes enpoſture indécente. Tandis que nous nous amuſions à les regarder, le Bra-mine pour ſe vanger de Taffront qu'il avoit regu, jetta l'allarme dans lesenvirons,& revint à nous à la téte de plus de trois cens hommes. Maisce Peuple, le plus poltron de Univers, n'eüt pas la hardieſſe de nousapprocher, voyant que nous avions des armes à feu.
LEs Vaiſſeaux de France n'arrivant point eneore, je réſolus de profiterdu départ d'un Bäatiment de la Compagnie, qui devoit faire voile inceſſam-ment pour Maſulipatan, dans le deſſein de paſſer de cette Ville à celle deGolconde, qui men eſt qu'à trente lieues,& que le Grand Mogol tenoit alors
aſſiégée.
(5) Ces ſoörtes d'avantures, outre l'intéret qu'on prend toũjours à un Auteur, ne doivent’
pas- paroitre indifférentes, pour ceux qui voyagent dans les mêmes Pays.2
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Arrivée àPondichery.
Dangeréminent queForbin courtà la chaſſe.
Autre avan-ture périlleu-ſe où ſa cu-rioſité l'expo-ſe dans unePagode.
Ce qu'il y.voit.
Voyagequ'il fait àMaſulipatan.