FoRnnIN.
1687.
Nucçe demouches,dont l'air eſtobſcurci.
Autres mou-ches différen-tes des pre-miéres.
Ravages dela peſte à Ma-ſulipatan.
150 VvOYAGES DANS L.L E
aſſiégée. J'étois curieux de voir comment ces Peuples font la guerre; maisil ne fut pas en mon pouvoir d'exécuter ce projet.
CouRE nous étions dans ha ſaiſon la plus favorable de lannée, nôtreVoyage ſe fit fort heureuſement,& en peu de jours; Nous n'étions plusqu'à huit lieues de Maſulipatan, lorſque nous vimes venir, du côté de laterre, un nuage noir& épais, que nous crümes éêtre un orage. On ſerrad' abord toutes les voiles, crainte d'accident. Le nuage arriva enfin à bord,avec très-peu de vent; mais ſuivi d'une prodigieufe quantité de groſſesmouches, qui avoient toutes le cul violet,& qui étoient du reſte aſſez ſem-blables à celles qu'on voit en Europe. L. Equipage en fut ſi incommodé,qu'il m'y e0t perſonne qui ne fut obligé de ſe cacher pour quelques momens-La Mer étoit toute couverte de ces inſectes,& nous en eümes une ſi gran-de quantité dans le Vaiſſeau, qu'il fallut jetter plus de cinq cens boyauxd'eau pour le nettoyer.
ENvIRON à quatre lieues de la Ville, nous appergůmes un nouveaubrouillard qui la couvroit toute entiéere. A meſure que nous avancions, cebrouillard s'étendoit,& peu-à-peu nous ne vimes plus que le ſommet desmontagnes. En approcnant de terre, nous reconnmes que ce nuage n'é-toit autre choſe qu'une multitude innombrable d'autres mouches toutesdifférentes des premiêres. Celles-ci avoient quatre ailes,& reſſembloientaux mouches aquatiques, qui ont la queue rayée de noir& de jaune. Plusnous avancions, plus ces inſectes fe multiplioient; il y en avoit une ſigrande quantité, qu'elle nous déroboit la vüe de la terre; de-ſorte quenous ne pouvions approcher que la ſonde à la main. Apres qu'on eltmouillé lancre, un Commis de la Compagnie, nommé Delande, qui avoitordre de viſiter le Comptoir, ſe mit dans la Chaloupe, ouù je le ſuivis avec leCapitaine. Pour ne pas manquer la terre, que les mouches nous cachoiententiérement, nous fͤmes obligés d'embarquer une bouſſole, à la faveur delaquelle nous abordâmes.
PERSONNE ne paroiſfſant dans le Port, nous nous rendimes à la Doua-ne, qui étoit également déſerte. Surpris de cette nouveauté, nous avan-Qames du cêté ouù étoit le Comptoir de la Compagnie d'Orient, en traver-ſant pluſieurs ruẽs, ſans voir encore perſonne. Cette ſolitude, qui réegnoitpar toute la Ville, jointe à une puanteur inſupportable, nous fit bien-têtcomprendre dequoi il étoit queſtion. Aprées avoir marché un bon boutde chemin, nous arrivàmes à la Loge Frangoiſe. Les portes en étoientouvertes. Nous y trouvàmes le cadavre du Directeur, qui paroiſſoit etremort depuis peu 24 jours. La maiſon avoit été pillée,& tout y étoit dansle plus grand deſordre. Frappé d'un ſpectacle ſi affreux, je revins dans larué,& je dis à Delande, que nous ferions bien de retourner à bord, 8]ayant rien de bon à gagner ici pour nous. II me répondit que ſa commiſ-ſion'obligeoit d'aller plus avant,& que devant rendre compte de ſonVoyage, il falloit au moins tacher de trouver quelqu'un qui püt nous in-ſtruire plus préciſément des cauſes de tout ce defaſtre. Nous continuàmesdonc à marcher juſqu'au Comptoir Anglois, qui étoit fermée. Nous eũmesbeau frapper, perſonne ne répondit. De-là nous paſſames à celui des Hol-landois. De quatre-vingt perſonnes qui le compoſoient il n'en reſtoit que
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