FoRBIN.1587.Etat desaffaires desFrançois àSiam.
Plaiſantecomparaiſond'un Siamoisentre la Fran-ce& ceRoyaume.
Retour d'undes Envoyésde France,avec l*'Auteur.
Ses plaintesau ſujet de M.Conſtance.
Miſere deSiam.
Eclairciſſe-mens ſur l'in-térieur du Pa-lais du Roi.
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die; ſans doute pour n'avoir pas voulu de la faignée; tant il eſt vrai qu'elleeſt mortelle dans ces ſortes de fiévres peſtilentielles.
PEu de jours apres nôtre arrivée à Mergui, M. Ceberet y vint de Lou-vo, ſuivi d'un grand corteège de Mandarins. M. la Loubere& lui y avoientété envoyés de France, pour traiter du Commerce& pour règler touteschoſes avec M. Conſtance. La négociation dont le Pére Tachard s'ctoitchargé avoit réüſſi. Ce Pêre, trompé par Conſtance, croyant bien ſervirla Religion& Etat, n'avoit rien oublié pour porter la Cour à entrer dansles vües du Miniſtre Siamois;& ſur ſa parole, on s'étoit déterminé à en-voyer des Troupes, commandées par le Chevalier Des Farges, à qui onavõit remis la Fortereſſe de Bancok, en conſéquence de la Convention quifut ſignée entre les Miniſtres des deux Rois.
LE Mandarin qui avoit été envoyé Ambaſſadeur en France, étoit dunombre de ceux qui accompagnoient M. Ceberet; Dès qu'il m'appergùt,il accourut à moi,& tout plein de la magnificence du Royaume, il me ditque j'avois grand ſujet de vouloir retourner dans mon Pays; qu'il y avoitvü toute ma Famille,& pluſieurs de mes Amis, avec qui il s'Etoit fou-vent entretenu de moi;& me faiſant enſuite un éloge pompeux dela Cour,& de ce qui Pavoit le plus frappé, il ajoũta en mauvais Frangois: La Francegrand bon; Siam petit hon.
M. Ceberet, qui s'étoit rendu par terre de Louvo à Mergui, renvoyatous les Mandarins aprêes leur avoir fait à chacun des préſens conſidéra-bles. Il s'embarqua enfuite avec nous ſur le Vaiſfeau de la Compagnie,& nous fimes route pour Pondichery. Ce Miniſtre interrogé ſur le ſuccèsde ſes négociations, nous déclara hautement, qu'il métoit point ſatisfait deM. Conſtance, qui avoit ſéduit la Cour, en lui promettant des choſes fri-voles& deſtituses de toute apparence de réalité. M. Ceberet étoit ſi frap-pé de la miſére qu'il avoit trouvée dans ce Royaume, qu'il ne comprenoitpas comment on avoit ed la hardieſſe d'en faire des relations ſi magnifi-ques.„ Ce que vous en avez vn, lui dis je un jour;, c'eſt pourtant ce qu'il„ y a de plus beau. Tout ce Royaume, qui eſt fort grand, n'eſt gusres„ qu'un vaſte déſert. A meſure qu'on avance dans les terres, on n'y trou-„ ve plus que des forèts& des bétes ſauvages. Tout le Peuple habite ſur„ le bord de la Riviére, parceque les terres qu'elle inonde ſix mois de Fan-„ née, y rapportent preſque ſans culture une grande abondance de riz, qui„ fait toute Ja richeſſe du Pays. Ainſi en remontant depuis la Barre juſqu'à„ Louvo, vous avez vo,& par rapport aux Peuples,& par rapport 8„ leurs Villes,& par rapport aux denrées qu'ils recueillent, tout ce qui„, peut meriter quelque attention dans ce Royaume“.
UNz autre fois que M. Ceberet ſouhaitoit d'etre éclairci ſur la maniêredont le Roi ſe gouvernoit dans ſon Palais;„ Pour cet article, lui répon-„ dis-je, il m'eſt pas aiſé de vous ſatisfaire. Ceux du dehors, quelque„ diſtingués qu'ils puiſſent étre, n'entrent jamais dans cette partie du Palais„ que le Roi habite,& ceux qui y ſont une fois entrés, n'en ſortent plus.„ Ce qu'on en ſqçait de certain, c'eſt que tout s traite dans le plus grand„ ſecret. Chacun y a ſon emploi marqué,& ion quartier ſéparé, dont il
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