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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 153

ne lui eſt jamais permis de s'éloigner. Ceux qui ſervent dans une cham-bre ignorent ce qui ſe paſſe dans les autres. Tous les appartemens ontainſi leurs Officiers particuliers, juſqu'à celui du Roi, qui paſſe preſquetoute ſa vie renfermé, faiſant conſiſter une partie de ſa grandeur à ne ſemontrer que très-rarement. Quanqd il veut parler à ſes Miniſtres les plusen faveur, il ſe montre par une fenêtre de la hauteur d'environ une toi-ſe, d'ou il les entend,& il diſparoit après leur avoir expliqué en peude mots ſes volontés“.

M. Ceberet m'ayant encore queſtionné au ſujet de M. Conſtance, je luidis tout ce que j'en ſgçavois;& quoiqu'il fũt entré de lui-même aſſez avantdans les vües de ce Miniſtre, dont il commengçoit à démeler la politique,je lui fis appercevoir bien des choſes qui lui étoient échapées,& de lavérité desquelles il ne douta plus, des qu'il fut en état de combiner mesremarques avec ſes propres obſervations. Il me parla de la jalouſie de M.Conſtance,& des dangers auxquels il m'avoit ſouvent expoſfé. Nos Fran-gois de Joudia& de Louvo''avoient inſtruit de mon avanture avec les Macaſ-ſars,& de celle du Capitaine Anglois; mais il voulut encore que je lui enfiſſe le récit moi-même.

LàA douce ſatisfaction que l'Auteur trouvoit à ſe vanger dans tous cesentretiens, ſemble lui avoir fait oublier juſqu'à ſa route; Cependant il re-marque avec la méême complaiſance, qu'étant arrivé à Madraſparan, leDirecteur Général du Comptoir de la Compagnie d'Angleterre, ennemijuré de M. Conſtance, h'invita à un diner ſplendide,„ où ce Miniſtre ne„ fut pas épargné; le Directeur diſoit, que s'il pouvoit jamais l'attraper, il„ le feroit pendre“. De Madraſpatan on ſe rendit à Pondichery, où M.du Quene-Guitton, commandant un Vaiſſecau du Roi, attendoit M. Ceberet,avec qui l'Auteur s'embarqua& revint en France ſur la fin du mois deJuillet 1688, après une navigation fort heureuſe.

MaAls laiſſons achever au Chevalier de Forbin, une peinture qu'il n'avoitencore fait qu'ébaucher,& dont il raſſemble ici tous les traits dans lesentretiens qu'il et avec le Roi& avec ſes Miniſtres, ſur le Royaume deSiam. Sa Majeſté, dit-il, me demanda d'abord, ſi le Pays étoit riche?„ Sire, lui répondis-je, le Royaume de Siam ne produit rien,& ne con-„ ſume rien“. C'eſt beaucoup dire en peu de mots, repliqua le Roi;& con-tinuant à m'interroger, il voulut ſgavoir quel en étoit le Gouvernement,comment le Peuple vivoit,& d'où le Roi tiroit tous les préſens qu'il avoitenvoyées en France. Je répondis à Sa Majeſté;„(Que le Peuple étoit fortpauvre; qu'il n'y avoit parmi eux, ni Nobleſſe ni Condition, naiſſanttous Eſclaves du Roi, pour lequel ils étoient obligés de travailler unepartie de année, à moins qu’il ne voulùt bien les en diſpenſer, en leselevant à la dignité de Mandarins: Que cette dignité, qui les tiroit de lapouſſiere, ne Ies mettoit pas à couvert de la disgrace du Prince, danslaquelle ils tomboient fort facilement,& qui étoit tojours ſuivie dechatimens rigoureux: Que le Barcalon lui-même, tout Premier Miniſtrequ'il ft, y étoit auſſi expoſé que les autres: Qu'il ne ſe ſoũtenoit dans

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„ Ce poſte périlleux, qu'en rampant devant ſon Maitre, comme le dernierdu Peuple: Que s'il lui arrivoit d'encourir ſa diſgrace, le traitement leXII. Part. V„ Plus

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Fonnr.1687.

Entretienstouchant M.Conſtance.

1688.

Arrivée del'Auteur enFrance.

Rapportqu’il fait auRoi de l'étatdu Royaumede Siam.