ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 179
ne arriva à Pondichery avec ſon Eſcadre, le 12 Aoꝑt de cette année. Onx apprit en détail les véritables circonſtances de la révolution de Siam,dont on n'avoit encore que des idées confuſes& peu juſtes. Entr'autreson ſgut que les Chrétiens y étoient todjours perſécutés, particuliérementles Miſſionnaires, qui ſe voyoient expoſés chaque jour aux plus cruẽls tour-mens.„ Les ſeuls Jéſuites, dit Auteur, ont été épargnés;& leur fine„ Politique a ſi bien réüſſi, que loin d'avoir été vexés en aucune fagon,„„ on leur a donné de F'argent pour s'en aller. On dit ici aſſez plaiſamment„ ſur cette différence de traitement, que le nouveau Roi de Siam ſe con-„noit bien peu en gens, s'il prétend congédier les Miſſionnaires par les„ tourmens,& les Jéſuites par de l'argent; que c'eſt plutôt les vouloir at-„ tirer, puiſque chacun trouvera ce qu'il cherche. Quoiqu'il en ſoit, le„ Revérend Péêre Tachard, ne veut point demander à Eitrachard la confir-„„ mation du caractéère d'Ambaſſadeur, dont le feu Roi Pavoit revétu;&„ ſon Voyage de Siam eſt fait,& ſa Légation imparfaite, ſi les choſes ne„ changent de face“.
LoriNlon commune étoit toüjours que'Eſcadre, qui étoit partie
pPour Bengale, ne devoit pas moins ſe rendre à Mergui.„ Tout le mon-„ de, ajodte l' Auteur, le ſouhaite, tant pour vanger les Frangois que pour„ rétablir leur honneur,& pour piller les Pagodes des Siamois, en remet-„tant leurs Idoles, dans leur état naturel. On a prétendu en France que„Ces Idoles font d'or. C'eſt une pure illuſion,& une flateuſe menterie.„ Elles en ſont ſimplement incruſtées, ou couvertes d'une épaiſſeur inéga-„ le, dont la plus forte n'excede pas celle de nos plus minces monnoyes.„ Ceſt tofjours beaucoup. Nous jetterons les Idoles au Diable;&, à„ bons coups de hache, nous leur öterons leur habit. Leurs Talapoins„ ou Prétres, gens läches& effeminés, ne ſont pas pour nous réſiſter;&„tous les Siamois en général ne ſont que de viles canailles, ſans courage.„ Je connois déja plus de trente Frangois ſur le Gaillard, qui tous aufſi-bienque moi, voudroient être en beſogne“.CEPENDANT ils ſe trompoient tous. L.*Eſcadre prit effectivement cet-te route; mais c'étoit pour remettre les Mandarins chez eux avec hon-neur,& non pour faire aucun tort aux Siamois. On fut néanmoins obli-gé de les laiſſer à Balaſor;&'Auteur qui cherche toüjours à égayerfon récit, ajoüte, à Poccaſion des revers que Eſcadre eüt à eſſuyer dansle Golfe de Bengale;„ Ces Idoles de Mergui ſont bien difficiles à desha-„ biller! Elles garderont ſurement leur fur-tout. Il ſemble que le Demon„les protège,& qu'il ne veut pas qu'elles tombent entre nos mains“*.
DE retour à Pondichery, aprés avoir croiſé pendant quelque-tems ſurles Côtes de Bengale, l'Auteur y eüt avec M. Martin, une conférence, danslaquelle ce Général lui parlant entr' autres de la perſécution de Siam, s'exprimaen ces termes;„ S'il eſt vrai, dit-il, que les Jéſuites n'eurent aucune part„ aux tourmens des autres Chrétiens,& que perſonne ne ſe reſſentit des„ riches préſens que l'Uſurpateur leur fit à tous en général& à chacun„ d'eux en particulier, il n'eſt pas moins vrai, que ni les Officiers, ni les„ Soldats Frangois, qui ſe trouvèrent réduits à la derniére extremité, ne„tirérent de ces Pêres aucun ſecours, quoiqu'ils fuſſent dans un beſoin des
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DE CHarrL.Eg.1690.Ce qu'on yapprend tou-chant la perſécution deSiam.
Départ de„*Eſcadrepour les Cô-tes de Siam.
Les Ambal-ſadeurs deSiam ſontlaiſſés à Ba-laſſor.
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Retour àPondichery.
Conferencede l'Auteur a-vec M. Mar-tin au ſujetdes Jéſuites.