Dk CHaLLES.
1690.
Ces Pêresentendentbien la Scien-ce du Monde& celle duCommerce.
Preuve deJeur politi-que, par rap-port aux Sia-mois.
180 VOYAGES DANS LE
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plus preſſans, étant preſque tous morts, faute d' affiſtance, que ces Pè-res étoient en état& à portée de leur donner. Il eſt encore vrai quetous leurs Chrétiens, ſans en excepter un ſeul, ont abandonné la Re-ligion, dés que la perſécution a commencé. Preuve du peu d'inſtruc-tion que ces P. P. leur avoient donné. Qu'ils en citent un ſeul qui yait reſiſté? Qu'ils me prouvent, ce dont tous les Frangois qui ont été àSiam conviennent, je conviendrai à mon tour, que tous les Officiers,M. Des Farges, ſes Enfans& les autres, qui leur ont ſoütenu le con-traire en ma préſence& à ma table, ſont des Impoſteurs,& quej'en ſuis un moi-même d'ajoter foi à des témoignages unanimes, quiont confondu leur orgueil& leur hardieſſe, ſans les faire rougir; quoi-qu'on les traitar dImpoſteurs& de Viſionnaires. Tous les Frangois,qui ſont repaſſés en France fur 110, iſtame, m'ont aſſuré ce que je viens dedire;& qu'il n'y a en que les Siamois, inſtruits par les Miſſionnaires,qui ayent conſervé en ſecret le Chriſtianiſme, ſans avoir aucun com-merce avec les Idoles.
„ Cr que les Jéſuites entendent le mieux, c'eſt, à mon ſens, la Scien-ce du Monde,& celle du Commerce, qu'ils connoiſſent parfaitementPun& l'autre. IIs ont pour ainſi dire paſſé cette Science dans l'alem-bic; ils en ont tiré la quinteſſence,& ils ſgavent la mettre à profit. Envoici la preuve. IIls ont gardé fort long-tems en France, les Mandarinsqui ſont revenus par vôtre Eſcadre. Ne pouvant les remettre à Siam,il me ſemble qu'ils devoient les ramener ici. Je leur aurois fait bon ac-cueil, juſqu'à· ce que j'euſſe trouvé quelque Vaiſſeau Portugais pour lesreconduire chez eux. je m'en ſerois fait des amis,& peut-etre aurois-
je lié avec eux quelque intelligence, pour rétablir nos affaires à Siam.
Les Jéſuites, loin de me ſeconder, ſont les premiers qui traverſent mesdroites intentions. Mais ils ont laiſſé ces Mandarins à Balaſſor, dansPeſpérance qu'ils leur rendroient ſervice, à eux Jéſuites en particulier,lorfqu'ils ſeront arrivés à Siam. Comme je ſqçais leur politique ſur lebout du doigt, pour Tavoir attentivément etudiée, voici ce quils vontfaire.„ IIs ont intérêt de ménager les Hollandois& les Anglois, parcequ'ilspaſſent le plus ſouvent ſur leurs Vaiſſeaux, dont ils ſe ſervent auſſi pourenvoyer leurs marchandiſes d'Aſie en Europe. Ainſi ils n'ont garde deſe brouiller avec eux: Au contraire, ils leur font la Cour,& leur rendentſervice en toutes occaſions, particuliérement lorfqu'il leur en doit reve-nir quelque avantage. Le paſſage de ces Mandarins leur en offre unetrop favorable pour la manquer. IIs les ont confiés aux Hollandois àBalaſſor,& ſans parler des efforts que võtre Eſcadre a faits pour gagnerMergui, afin de les remettre chez eux avec honneur, ils leur auront dit,qu'ils ne devoient point s'attendre à retourner à Siam, par les VaiſſeauxFrançois; ils auront ajoüté, que les Hollandois les rendroient plus promp-tement& plus ſurement chez eux. Les Hollandois s'en chargeront avecplaiſir,& les reconduiront en triomphe. Les autres diront que la peurdes Hollandois aura fait fuir les Navires de France. Sur ce pied, lesMandarins croiront avoir obligation aux Hollandois de leur retour dans„ leur