ROYAUME DE SIAM, Lrv. II. 181
leur Patrie,& aux Jéſuites celle de les avoir ſi bien conſeillés. Les uns& les autres partageront leur vive reconnoiſſance,& les diſcours uni-formes des Mandarins& de leurs Conducteurs, acheveront de perdre lareputation des Frangois, à laquelle l'abandonnement de Madame Con-ſtance,& de ſon Fils; la reddition infäme& läache de Bancok; la ſortieforcée de Mergui& du Royaume, après la mort tragique du Roi de Siam,& celle de M. Conſtance, qu'il n'a tenu qu'aux Frangois de ſauver(9),ont déja donné une cruélle atteinte.
„ LEs Miſſionnaires, le Pêre Tachard& les autres Jéſuites reſtent ici:„ qu'y vont-ils faire? je ne ſqçais certainement point le deſſein, ni des„ uns ni des autres. IIs obſervent entr'eux une civilité& une paix appa-„ rente, qui les feroit prendre pour les meilleurs Amis du Monde, fi onne les connoiſſoit pas. Quoiqu'il en ſoit, ils reſtent à Pondichery: peut-
DE CnarzEs.1691.
2)52)292
2)
22
22
2)„étre y vont-ils rever aux moyens de ſe faire mutuéllement de la peine„en Europe, odù je voudrois de bien bon cœur qu'ils reſtaſſent tous(c)“.
MaAls revenons aux Frangois de Siam, dont 1'Auteur ignoroit le fortfatal, lors qu'il partit de Pondichery pour retourner en Europe. Son ar-rivée à la Martinique, lui fournit l'occaſion de s'en inſtruire.„ M. Des„Farges, dit-il, eſt mort en dega du Cap de Bonne Eſpérance;& il„ y avoit environ deux mois, qu' il avoit fait ſa foſſe avec ſes pieds, lorſ-que le Navire POriftame, arriva à la Martinique. II s'étoit embarquéſur ce Vaiſſeau en ſortant de Bancok, Fortereſſe Frangoiſe, qu’il auroitpù& dü deffendre contre toutes les forces de Pitrachas. Ses deux Fils,auſſi braves que le Pére'Eétoit peu, l'accompagnoient. Il n'avoit pasoublié quatre Jéſuites, ni les Richeſſes immenſes que M. Conſtance luiavoit confiées(); Richeſſes, qu'eux& lui vouloient partager par moitié;
Mort de M.Des Farges.
5)2225222
₰
2
(b) Un homme tel que M. Martin ne ditpas les choſes à la legeère: Cependant à la ſim-ple lecture des Relations précedentes, il eſtaſſez difficile de comprendre comment lesFrançois auroient pü ſauver M. Conſtance.Mais le Chevalier de Forbin, connoiſſant dit-il, le peu de valeur des Siamois, étoit per-ſuadé, qu'à la place de M. Des Farges, s'ilſe fut rendu à Louvo avec cinquante hom-mes de ſa Garniſon, il n'auroit en qu'àâ ſemontrer pour diſſiper toute cette Populace,qui lui auroit abandonné ſon Chef, ſans o-fer entreprendre la moindre choſe. Quoi-qu'il en ſoit, eſt-il plus aiſé de concevoircomment une poignée de Macaſſars a pu te-.nir ce brave Chevalier ſi long-tems en ha-leine?
(c) On renvoye le Lecteur au Journalméême del'Auteur, Tom. III. pag. 92& ſuiv.,pour y apprendre divers autres détails ex-trémement importans, mais qui ne ſeroientpas de ſaiſon ici, ou il ne s'agit que de ladeſtruction de la Miſſion de Siam, à laquel-le tout le monde ſgait que les Jéſuites n'ont
Z.
„ Ri-
pas peu contribué. Le Pêre Thbomas, Supé-rieur des Miſſionnaires Capucins, le dit enpropres termes, dans ſa Lettre Apologetique&c. Ilajoũte, à l'occaſion du P. Tachard,qu'ayant voulu ſolliciter Louis XIV. d'en-voyer, encore une fois, des Vaiſſfeaux pourrétablir, par la force, cette Miſſion perdue,S. M., qui le regut fort mal, jugeant queſes propoſitions n'étoient guêres convena-bles, dit à ce Pêère; II. a long-tems que votcsvoyages, vous avezs beaucoup travailleé; vousferiez bien de vous repoſer. Le Roi fit dire àſes Supérieurs de'éloigner;& en effet, lebruit a toüjours couru, qu’'il étoit commeexilé à Pondichery, au grand regret des Ca-pucins, qu'il n'a jamais pü laiſſer en repos.La Cour y mit pourtant ordre dans la ſuite.
(4) Ce fait demandant des preuves pouretre cr, nous avons réſervé juſqu'ici, un articlefort curieux, qui peut lui donner du moinsquelque vraiſemblance. Le Chevalier de For-bin ſe trouvant en 1695, à Cepbalonie, où M.Conſtance étoit né, eũt la curioſité de s'infor-mer de ſes Parens.„ J'avois oublieé depnis
3„ long: