ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 229
bou, ſans autre ſecours que deux paraſols, dont les manches étoient atta-chés à ſa ceinture, ſe livroit au vent, qui le portoit au haſard, tantôt àterre, tantõôt ſur des arbres ou ſur des maiſons,& tantòôt dans la Rivière.
Le Roi, que ce ſpectacle amuſoit beaucoup, l'avoit logé dans ſon Palais,
&'avoit élevé en dignité(2).
LE cerf-volant de papier, que les Siamois nomment Vao, fait, pendantEhiver, l'amuſement de toutes les Cours des Indes. A Siam, on y attacheun feu, qui paroòıt un aſtre au milieu de P'air. Quelquefois on y met unepièce d'or, qui appartient à ceux qui trouvent le cerf-volant, lorſque lecordon caffe. Celui du Roi eſt en l'air chaque nuit, pendant les deux moisd'hiver;& pluſieurs Mandarins ſont nommés pour tenir alternativement lecordon.
LàA Loubere nous apprend que les Siamois ont ſur leurs théätres troisſortes de ſpectacles. Celui qu'ils appellent Cone, eſt une danſe à pluſieursentrées, au ſon du violon& de quelques autres inſtrumens. Les Danſfeursſont armés& maſqués. C'eſt moins une danſe, que Timage d'un combat;& quoique tout ſe paſſe en mouvemens élevés, ou en poſtures extravagan-tes, ils ne laiſſent pas d'y mêler quelques mots. La plüpart de leurs maſ-ques ſont hideux,& repréſentent ou des bêtes monſtrueufes, ou ce que'Auteur appelle des eſpéces de diables().
LE ſecond ſpectacle, qui ſe nomme Lacone, eſt un Poëme, mélé de l'E-pique& du Dramatique, qui dure pendant trois jours, depuis huit heuresdu matin juſqu'à ſept du ſoir. Ce ſont des Hiſtoires en vers, la pPlüpart ſé-rieuſes,& chantées alternativement par divers Acteurs qui ne quittentpoint la ſcene. Lun chante le rolle de''Hiſtorien;& les autres, celuides perſonnages que'Hiſtoire fait parler.
LE Rabam eſt une double danſe d'hommes& de femmes„ ouú* tout eſtgalant, ſans aucune image de guerre. Ces Danſeurs& ces Danſeuſes ontde faux ongles de cuivre jaune. IIs chantent dans leur langue, en dan-ſant; ce qui les fatigue d'autant moins, que leur manière de danſer n'eſtqu'une ſimple marche en rond, fort lente& ſans aucun mouvement élevé,mais avec diverſes contorſions du corps& des bras. Pendant cette danſe„deux autres Acteurs entretiennent l'aſſemblée par diverſes plaiſanteries, queFun dit au nom des hommes& J'autre au nom des femmes qui danſent. LesActeurs du Lacone mont rien de ſingulier dans leurs habits. Mais les Dan-ſeurs du Cone& du Rabam portent des bonnets de papier doré, hauts&pointus, à-peu- prês comme ceux des Mandarins, mais tombant par les cô-tés juſqu'au deſſous des oreilles,& garnis de fauſſes pierreries„avec despendans-d'oreille de bois doré. II font toüjours appellés aux nöces& auxfunérailles; quoique leur ſpectacle n'ait rien de religieux, puiſqu’'il eſt dé-fendu aux Talapoins d'y affiſter(†).
LEs Siamois ont des Lutteurs& d'autres Athlétes, qui combattent àcoups de coude& de poing. Dans le dernier de ces deux combats ils ſe-garniſſent la main de trois ou quatre tours de corde„ au-lieu de Tancien
gan-
(4) La Loubere, ubi ſup. pag. 145.(†) Pag. 1508(e) La Loubere, pag. 149.
DesckyprreRDU RovAUMNEDE SIAM.
Cerf-volantde Siam.
Trois ſor-tes de ſpecta-cles Siamois.
Lacone.
Rabam.
Lutteurs,