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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 233

LE Roi fournit, à toute cette milice, des armes& des chevaux. Cha-que More lui coute, par an, trois Catis& douze Teils, c'eſt-à-dire, envi-ron cinq cens quarante livres,& une veſte d'étoffe de laine rouge. Sadépenſe, pour chacun des deux Capitaines Mores, monte à cinq catis&douze teils, c'eſt-à-dire, huit cens quarante livres,& une veſte d'écarlate.Les Ragibouts ſont entretenus ſur le même pied: mais chaque Tartare Chi-nois ne coute au Roi que ſix teils, ou qua ante-cinq livres par an;& leurCapitaine, quinze teils, ou cent douze livres dix fous.

Lrs premières enceintes contiennent auſſi les loges des Gléphans,& lesécuries des plus beaux chevaux du Roi. On les appelle éléphans& che-vaux de nom; parceque ce Prince leur donne effectivement un nom, commeil en donne à tous Ies Officiers intérieurs de ſon Palais,& aux Officiersles plus conſidérables de Etat. Les éléphans de nom ſont traités avec plusou moins de dignité, ſuivant le nom plus ou moins honorable qu'ils ontregu. Mais chacun de ces animaux a pluſieurs hommes à ſon ſervice. Ilsne ſortent qu'avec appareil. En général, les Siamois ont une ſi haute idéedes éléphans, qu'ils font perſuadés qu'un animal ſi noble, ſi vigoureux&ſi docile, ne peut être animé que d'une ame illuſtre, qui ait été autrefoiscelle de quelque Prince ou de quelque grand perſonnage(c). IIs ont en-core plus de reſpect pour les éléphans blancs. Cette eſpêce eſt rare. Ellen'eſt pas même tout-à-fait blanche, mais de couleur de chair;& de-làvient apparemment qu'un Voyageur parle de l'éléphant blanc& rouge(d)(²).Les Siamois nomment cette couleur Peüak;& la Loubere lui attribue lavénération dont ils font remplis pour un animal, qui joint cet avantage auxqualités communes à ſon eſpeéce. Il confirme ſon opinion par le cas ex-traordinaire qu'ils font des chevaux blancs. Le Roi de Siam, dit-il, ayantun de ſes chevaux malade, fit prier M. Vincent, Médecin Provengal, delui ordonner quelque remède. Mais fachant que les Médecins Européensne s'abbaiſſent pas à traiter les bétes, il lui fit dire que le cheval étoit Mo-gol, c'eſt-à-dire blanc;& de quatre races, du côté paternel& maternel,connues ſans aucun mélange de ſang Indien. Les Indiens donnent auxBlancs le nom de Mogole, qu'ils diſtinguent en Mogols d'Aſie& Mogols.d'Europe. Aprés les éléphans blancs, l'eſtime des Siamois eſt pour les élé-phans tout-à-fait noirs, qui ne ſont pas non plus en grand nombre. IIs enteignent même quelques-uns de cette couleur, quand ils ne les trouvent pasnaturellement aſſez noirs. On a lü, dans le premier Voyage de Tachard,que le Roi de Siam nourrit toũjours, dans fon Palais, un Eléphant blanc,

qui

näquit un, dont les Siamois racontent, quedans l'eſpace de trois jours& de trois nuits

(c) Ibid. pag. 298.(4) C'eſt Van Vliet, qui, dans le titre

de ſa Relation, nomme 1'Elepbant blanc Irouge.

() IIl y a auſſi des éléphans rouges, quiſont méme moins rares que les blancs. En1635, le Roi de Siam en avoit un, de cou-leur de cuivre rouge, qui pour ſa beauté&ſa groſſeur extraordinaire étoit appellé lePrince des Eléphans. La méme annee il en

XII. Part.

il fut d'abord blanc, enſuite noir,& enfinrouge; couleur qu'il avoit gardé depuis.Jooſt Schouten, alors Chef du ComptoirHollandois à Siam, tenoit ce fait de la bou-che d'un des premiers Mandarins, hommedigne de foi,& témoin occulaire de cet é-trange événement. Valentyn, Deſc. de Siam,pag. 67. Tom. III. Liv. 2. R. d. E.

Gg

DeschrerrorDU RovAUiEDE SIAM.Dépenſedu Roi pour

ſa Garde.

Eléphansdes premièresenceintes duPalais.

Sentimentde la Loube-re ſur l'élé-

phant blanc.