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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lv. II. 239

ſeules du droit d'y entrer,& qui ne le partagent pas même avec les Eu-nuques. Elles font le lit& la cuiſine du Roi. Elles p'habillent& le ſer-vent à table. Mais, en Phabillant, elles ne touchent jamais à ſa téte. LesPourvoyeurs portent les proviſions aux Eunuques, qui les remettent auxFemmes. Celle qui fait la cuiſine n'employe le ſel& les épices que parpoids, dans la crainte de ſe tromper pour la meſure.

JAMàAls les Femmes du Palais n'en fortent qu'avec le Roi,& les Eunu-ques ne peuvent auſſi s'en éloigner fans un ordre exprès. On aſſura la Lou-bere, que le nombre des Eunuques, blanes& noirs, n'étoit que de huitou dix(t). La Reine de Siam, outre ſon titre qui la diſtingue des autresFemmes du Roi, a fur elles& fur les Eunuques, une autorité qui la faitregarder particulierement comme leur ſouveraine. Elle juge leurs diffé-rends. Elle les fait chatier, pour les maintenir en paix. On comprend,ſans peine, que ſi le Roi favoriſe une de ces Femmes, il fait la déroberà la jalouſie de la Reine.

Ox prend, à Siam, des filles pour le ſervice du Vang& pour les plai-ſirs du Roi. Mais les Siamois n'y conſentent jamais volontiers, parcequ' ilsn'ont pas Peſpérance de les revoir;& la plũpart ſe rachétent de cette con-cuſſion à prix d'argent. Cet uſage eſt ſi bien établi, que les Officiers duPalais prennent quantité de filles, dans la ſeule vüe de les faire racheter parleurs Parens. Le nombre des femmes ſubalternes du Roi ne monte guèresà plus de dix, qu'il prend moins, comme on l'a déja fait remarquer, parincontinence, que par affectation de magnificence& de grandeur. LesSiamois ont éte furpris qu'un aumm puiflant Koi que celui de France n'eüt

u'une femme,& qu'il n'eüt pas d'cléphans(⁷).

LaA Reine(m) a ſes éléphans, ſes Balons,& des Officiers qui les gou-vernent. Mais elle n'eſt vüe que de ſes Femmes& de ſes Eunuques. Dansles promenades, qu'elle fait en Balon, ou ſur un éléphant, elle eſt dans unechaiſe fermée de rideaux, qui lui laiſſent la vũe libre, mais qui'empéchentd'etre vüe;& ceux qui ſe rencontrent ſur ſon paſſage doivent ſe proſter-ner. Elle a ſes Magaſins, ſes Vaiſſeaux& ſes Finances. Elle exerce leCommerce;& tandis que les Envoyés étoient à Siam, la Princeſſe ReineStoit en mauvaiſe intelligence avec ſon Pêre, parce qu'au mépris des an-ciens ufages, il stoit réſervé tout le Commerce étranger(n).

LEs filles ne ſuccédent point à la Couronne. A peine ſont-elles au rang

des perſonnes libres. L héritier préſomptif, ſuivant les loix, devroit toli- la Couronne

jours étre le fils ainé de la Reine. Mais comme les Siamois ont peine àſupporter qu'entre les Princes du même rang, le plus àgé ſe proſterne de-vant le plus jeune, il arrive quelquefois que'ainé de tous les fils du Roi ob-tient la préférence. Un Voyageur aſſure que c'eſt la force qui en décidepreſque tojours. Les Rois mêemes contribuent à rendre la ſuccefſion in-certaine; parce qu'au lieu de choiſir conſtamment le fils ainé de la Reine,ils

(*) Ibid. pag. 305. Reine ſe nommoit, ſuivant la Loubere,

(1) Ibid. pag. 308. Nang · Acamabiſi.

(m) Voyez ci-deſſus les Notes du Voya-(n) Lbid. pag. 308.ge de Chaumont. La Meére de la Princeſſe

Cg 2

DeschrprroDU RovrAuME

Etat de laReine.

Succeſſion à