DEscRIPTIONDU RovAUMeDE SIAM.
Supérieursdes Couvens.
Conjecturesſur les San-crats de Siam.
Leur diſ-tinction.
Paveursqu'ils regçoi-vent du Roi.
Eſprit desTalapoins.
Deux ſörtesde Talapoins.
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LE clocher eſt une tour de bois, qui s'appelle Horacang(c),& qui con-tient une cloche ſans battant de fer, ſur laquelle on frappe, pour la ſonner,avec un marteau de bois.
CHAGuTF Couvent eſt ſous la conduite d'un Supérieur, qui porte le titrede Tchdou-Vat(d4). Mais tous les Supérieurs ne font pas égaux en dignité.Le premier degré eſt celui de Sancrat;& de tous les Sancrats, celui du Cou-vent du Palais eſt le plus revéré. Cependant ils n'ont aucune juriſdictionles uns fur les autres. Ce corps deviendroit redoutable s'il n'avoit qu'unChef,& s'il agiſſoit de concert ou par les mêmes maximes.
Nos Miſſionnaires ont comparé les Sancrats aux Evéques,& les ſimplesSupérieurs aux Curés, avec beaucoup de panchant à ſe perſuader que leRoyaume de Siam avoit autrefois des Evêques Chrétiens, auxquels les San-crats ont ſuccedé. La Loubere obſerve, à la vérité, que les Sancrats poſſè-dent ſeuls le droit de faire des Talapoins, comme nos Evéques ont celuide faire des Prétres. Mais ils n'ont d'ailleurs aucune ſorte de juriſdiction,ni d'autorité ſur le Peuple, ni méême ſur les Talapoins qui ne ſont pas deleur Couvent;& leur prérogative ſe réduit à gouverner certains Couvensqui ne peuvent l'etre que par des Sancrats. On les diſtingue de ceux quiont des Tchaou-Vats, ou de ſimples Supérieurs, à des pierres doubles,plantées autour du Temple, qui ont quelque reſſemblance, mais fort éloi-gnée, avec une mitre poſée fur un piédeſtal. Ceſt apparemment ſur laforme de ces pierres qu'on s'eſt fondé, pour regarder Ies Sancrats commeun reſte des Evéques; d'autant plus que les Siamois ignorent ce qu'ellesſignifient. Leur nombre répond au degré de la dignité. On n'en voit ja-mais moins de deux, ni plus de huit.
LE Roi donne, aux principaux Sancrats, un nom, un paraſol, une chai-ſe,& des hommes pour la porter. Mais ils nemployent guéres cet équi-page, que pour aller au Palais.
LrsFRIT de leur inſtitution eſt de ſe nourrir des péchés du Peuple,&de racheter, par une vie pénitente, les péchés des fidéles qui leur font l'au-möne. IIs ne mangent point en Communauté;& quoiqu’ ils exercent l' hoſ-pitalité à'égard des ſéculiers, fans excepter les Chrétiens, il leur eſt dé-fendu de ſe communiquer, du moins ſur le champ, les aumônes qu' ils regoi-vent, parceque chacun doit faire aſſez de bonnes œuvres pour être diſpenſéẽdu précepte de raumòne. Mais l'unique but de cet uſage eſt appafemmentde les affujettir tous à la fatigue de la Quvte; car il leur eſt permis d'aſſiſterjeurs Confréres dans un véritable beſoin. IIs ont deux loges; une à chaquecêté de porte, pour recevoir les Paſſans qui leur demandent une retraitependant Ia nuit.
ON diſtingue, à Siam, comme dans le reſte des Indes, deux ſortes deTalapoins; les uns, qui vivent dans les Bois,& les autres dans les Villes.Les Talapoins des Bois mênent une vie qui parottroit inſupportable,& quile feroit fans doute, au jugement de la Loubere, dans un climat moinschaud que Siam, ou que la Thebaide. Ceux des Villes& ceux des Bois ſontobligés, ſans exception, de garder le célibat, ſous peine du feu, tandis
qu'ils(c) Ceeſt-à-dire, tour de la cloche.(d) Ceſt- à-dire, Seigneur ou Maitre du Couvent.