ROYAUME DE SIA M, L.rv. II. 241
Ju'ils demeurent dans leur profeſſion. Le Roi, dont ils reconnoiſſent'au-torité, ne leur fait jamais grace ſur cet important article; parce qu'ayantde grands priviléges,& fur-tout Pexemption des ſix mois de corvées, leurprofeſſion deviendroit fort nuiſible à'Etat, ſi lindolence naturelle des Sia-mois n'avoit ce frein, qui les empéche de l'embraſſer. Ceſt dans la memevüe qu'il les fait quelquefois examiner ſur leur ſcavoir, c'eſt-à-dire, fur laLangue du Pays,& fuür les Livres de la Nation. A'arrivée des Frangois,il venoit d'en réduire pluſieurs milliers à la condition féculiere, parcequ'ilsmanquoient de ſqavoir. Leur Examinateur avoit été Oec-Louang-Souragac,jeune Mandarin de trente ans(e): mais les Talapoins des foréts avoientrefufé de ſubir'examen d'un ſéculier& ne vouloient étre ſoumis qu'à celuide leurs Supérieurs(F†).
Irs expliquent, au Peuple, la Doctrine qui eſt contenue dans leurs Li-vres. Les jours marqués, pour leurs prédications, ſont le lendemain detoutes les nouvelles& de toutes les pleines Lunes. Lorſque la Rivière eſtenflée par les pluyes,& juſqu'à-ce que l'inondation commence à baiſſer, ilspréchent chaque jour, depuis ſix heures du matin juſqu'au diner,& depuisune heure aprés-midi juſqu'à cinq heures du ſoir. Le Prédicateur eſt aſſis,les jambes croiſées, dans un fauteuil élevé;& pluſieurs Talapoins ſe ſuccé-dent dans cet office. Le Peuple eſt affidu aux Temples. IIl approuve ladoctrine qu'on lui préche, par deux mots Balis, qui ſignifient, Oui Mon-ſeigneur(g). Chacun donne enſuite ſon aumòne au Prédicateur. Un Ta-lapoin qui préche ſouvent ne manque jamais de s'enrichir. C'eſt le temsde l'inondation, que les Européens ont nommé le Caréme des Talapoins. Leurjenne conſiſte à ne rien manger depuis midi; à Pexception du bétel, qu'ilspeuvent mächer. Mais cette abſtinence doit leur couter d'autant moins,que dans les autres tems ils ne mangent que du fruit le ſoir. Les Indiensſont naturellement ſi ſobres, qu'ils peuvent ſoũtenir un long jeũne, avec leſecours d'un peu de liqueur, dans laquelle ils mêlent de la poudre de quel-que bois amer(5).
ArREs la récolte du riz, les Talapoins vont paſſer les nuits, pendanttrois ſemaines, à veiller au milieu des champs, ſous de petites hutes quiforment entr'elles un quarré régulier. Celle du Supérieur occupe le centre&s'Eléève au-deſſus des autres. Le jour, ils reviennent viſiter le Temple,& dor-mir dans leurs cellules. Aucun Voyageur n'explique P'eſprit de cet uſage, nice que ſignifient des chapelets de cent᷑ huit grains, ſur leſquels ils récitent despriéres(i) en Langue Balie. Dans leurs veilles nocturnes, ils ne font pasde feu pour écarter les bêtes féroces, quoique les Siamois ne voyagent
point
(²) C'toit le fils d'Oc-pra Pitrachas, quia uſurpé depuis la Couronne. R. d. E.
(f) Ibid. pag. 346.
(g) On répond Sa-tou-ſa, à- peu- près com-me nous diſons Amen.
(5) Van Fwiſt, Auteur Hollandois, rap-porte dans ſa Deſcription des Indes, qu'il̃n'eſt pas rare, parmi les Indiens, de jeũner
XII. Part.
trente& quarante jours avec l'uſage de cetteliqueur.
(i) L'Auteur dit certaines paroles;& l'Ab-bé de Choiſy remarque que les Talapoins nefont point de priéres; mais chanteht ou ré-citent ſeulement quelques hiſtoires fabuleu-ſes, mêélées de ſentences. R. d. E.
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DrschIPTroNDU RovAUNMIEDE SIAM.
Leurs pré-dications.
Carême desTalapoins.
Leurs veil-les dans leschamps.
On les croltreſpectés desbétes féro-ces.