DuschrrIoNDPU RovAuUMEDE SIAM.
Habit desFalapoins.
Commentils ſe raſent.
242 VvOYAGES DANS L. E
point la nuit ſans cette précaution.é Auſfſi le Peuple regarde-t'il, commeun miracle, que les Talapoins ne ſoyent pas dévorés. Ceux des forèts vi
vent dans la même ſécurité. Ils n'ont, ni Couvent, ni Temples;& le Peu-ple eſt perſuadé que les tygres, les éléphans& les rhinoceros, loin de lesattaquer ou de leur nuire, leur léchent les pieds& les mains lorſqu'ils lestrouvent endormis. La Loubere, admirant leur genre de vie, juge qu'ilspaſſent la nuit dans des forts bien épais,[& qu'ils peuvent faire du feu a-vec des bambous,] pour ſe garantir de ces animaux. D'ailleurs,„ ſi l'on„ trouvoit, dit-il, les reſtes de quelque homme dévoré, on ne préſumeroit„ jamais que ce fͤt un Talapoin; ou ſi l'on en pouvoit douter, on s imagi-„ neroit qu'il auroit été méchant, ſans en étre moins perſuadé que les bê-„tes reſpectent les bons(½)“.
ILs ont la téte& les pieds nuds, comme le reſte du Peuple. Leur ha-pit conſiſte dans un pagne, qu'ils portent, comme les féculiers, autour desreins& des cuiſſes, mais qui eſt de toile jaune; avec quatre autres piècesqui ne diſtinguent pas moins leur profeſſion: la premiére, nommée Angſa,eſt une eſpèce de bandoulière, large de cinq ou ſix pouces, qui leur deſcendde lépaule gauche fur la hanche droite, où elle s attache avec un ſeul bou-ton. Sur cette bandouliere, ils portent une grande toile jaune, qu'ils ap-pellent Pa-ſchivon, c'eſt-à-dire, toile de pluſieurs pieces, parce qu'elle doitétre rapiécetée en pluſieurs endroits. Ceſt une eſpèce de ſcapulaire, quideſcend juſqu'aux pieds par derrière& par devant,& qui ne couvrant queF'épaule gauche revient à la hanche droite& laiſſe les deux bras libres. Par-defſſus cet ornement, ils mettent le Pa-pat, autre toile de quatre ou cinqpouces de largeur, qw'ils portent auffi ſur Pépaule gauche, mais en formede chaperon. Elle deſcend par-devant juſqu' au nombril,& preſqu'autantpar derrière. Sa couleur eſt quelquefois rouge; mais'Angſa& le Pa-ſchi-von doivent tocjours être jaunes. Enfin, pour ſoũtenir le Pa-pat& le Pa-ſchivon, ils ſe ceignent le milieu du corps d'une écharpe de toile jaune,qu'ils nomment Rappacod,& qui eſt la quatrièéme piêce de leur habille-ment(1). Luſage des chemiſes de mouſſeline& des veſtes leur eſt inter-dit. Dans leurs quéetes, ils ont un baſſin de fer, pour recevoir ce qu'onleur donne; mais ils doivent le porter dans un ſac de toile, qui leur pend,du cêté gauche, aux deux bouts d'un cordon paſſé en bandouliêre ſur l'é-paule droite.
ILs ſe raſent la barbe, la têète& les ſourcils. Le talapat, eſpèce de pe-tit paraſol en forme d'écran, qu'ils ont ſans ceſſe à la main, ſert à les ga-rantir de l'ardeur du Soleil. Leurs Supérieurs ſont réduits à ſe raſer eux-méemes, parce qu'on ne peut les toucher à la téete ſans leur manquer de reſ-pect. La méeme raiſon ne permet pas aux jeunes Talapoins de raſer lesvieux. Mais les vieux raſent les jeunes& ſe rendent le meme office en-tr'eux. Les raſoirs Siamois ſont de cuivre(m).
LEs jours réglés, pour ſe raſer, ſont ceux de la nouvelle& de la pleine-Lune. Tous les Siamois, religieux& laiques, ſanctifient ces grands jourspar le jeune, c'eſt-à-dire, qu'ils ne mangent point depuis midi. Le Péuple
1 s ab-
(*) La Loubere, ubi ſup. pag. 349.(1) ILbid. pag. 350.(m) Pag. 351.—