ROYAUME DE SIA M, L.v. II. 293
Fabſtient de la peche; non en qualité de travail, puiſqqu'aucun autre travailn'eſt défendu; mais parce qu'il ne la croit pas tout-aà-fait innocente. IIporte aux Couvens, dans les mémes jours, diverſes fortes d'aumònes, dontles principales ſont de l'argent, des fruits, des pagnes& des bèêtes. Si lesbêtes ſont mortes, elles ſervent de nourriture aux Talapoins. Mais ils ſontobligés de laiſſer vivre& mourir autour du Temple, celles qu'on leur ap-porte en vie;& la loi ne leur permet d'en manger, que lorſqu'elles meu-rent d'elles-mêmes(n). On voit méme, pres de pluſieurs Temples, unréſervoir d'eau pour le poiſſon vivant qu'on apporte en aumône.
Cr qui s'offre à IIdole doit paſſer par les mains d'un Talapoin, qui lemet ordinairement ſur l'autel,& qui le retire enſuite, pour Pemployer àſon uſage. Le Peuple offre des bougies allumées, que les Talapoins atta-chent aux genoux de la ſtatue. Mais les facrifices ſanglans ſont défendus,par la même loi, qui ne permet de tuer aucun animal vivant.
A la pleine Lune du cinquiéme mois, les Talapoins lavent l'Idole avecdes eaux parfumées; en obfervant, par reſpect, de ne pas lui mouiller latéte. Ils lavent enſuite leur Sancrat. Le Peuple va laver aufſi les Sancrats& les autres Talapoins. Dans les familles, les enfans lavent leurs pa-rens, fans aucun égard pour le ſexe. Cet uſage s'obſerve auffi dans lePays de Laos, avec cette ſingularité, qu'on y lave le Roi même dans uneRiviére.
LEs Talapoins n'ont pas d'horloge. IIs ne doivent ſe lever, que lorſ-qu'il fait aſfez clair pour diſcerner les veines de leurs mains; dans la crain-te de sexpoſer, pendant F'obſcurité, à tuer quelque inſecte en mettant lepied deſſus ſans s'en appergevoir. Ainſi, quoique leur cloche les gveilleavant le jour, ils ne s'en lévent pas plus matin. Leur premier exerciceeſt d'aller paſſer deux heures au Temple, avec leur Supérieur. IIs ychantent, ou récitent des priéres en langue Balie; aſſis les jambescroiſées,& remuant ſans ceſſe leur talapat, comme s'ils voulolent ſedonner du vent. IIs prononcent chaque ſyllabe à tems égaux& ſur lemême ton. En entrant dans le Temple, ils ſe proſternent trois fois de-vant la ſtatue.
AFREs la prieére, ils ſe répandent l'eſpace d'une heure dans la Ville,pour y demander laumône. Mais jamais ils ne ſortent du Couvent,& ja-mais ils my rentrent, ſans ſaluer leur Supérieur, en ſe proſternant devantlui juſqu'à toucher la terre du front. Comme il eſt aſlis les jambes croi-ſées, ils prennent des deux mains,''un de ſes pieds, qu'ils mettent reſ-pectueuſement ſur leur téte. Pour demander Taumõne, ils ſe préſententen ſilence à la porte des maiſons;& ſi rien ne leur eſt offert, ils ſe reti-rent avec le même air de modeſtie. Mais il eſt rare qu'on ne leur donnerien;& leurs parens fourniſſent d'ailleurs à tous leurs beſoins. Quantitéde Couvens ont des jardins, des terres labourables,& des eſclaves pourles cultiver. Leurs terres ſont libres d'impêt. Le Roi n'y touche jamais;quoiqu'il en ait la propriété, s'il ne s'en eſt dépouillé par écrit(0).
Av retour de la quéte, les Talapoins ont la liberté de déjeüner. IIs é-
tu-(n) Pag. 352. 8 Ibid. pag. 355.
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DnschRIrPTrONdU RoYAUMgDE SIAM.Offrandes
qui ſe fontaux Temples.
Cérémoniede laver lesperſonnesqu'on reſpec-te.
Ordre dujour dans lesCouvens desTalapoins.