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Tome douzième.
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DEsckFPrIoNDU RovxAUMEDE SIAM.

Eſclaves&Valets desCouvens.

Commenton regoit lesTalapoins.

244 vVOYAGES DANS L E

tudient enſuite, ou s'occupent ſuivant leur go0t& leurs talens, juſqu'smidi, qui eſt Theure du diner. Dans le cours de Faprées-midi, ils inſtrui-ſent les jeunes Talapoins. La Loubere ajoüte qu'ils en paſſent une partieà dormir. Vers la fin du jour, ils balayent le Temple; apréès quoi, ils yemployent, comme le matin, deux heures à chanter. S'ils mangent le ſoir,cC'eſt uniquement du fruit. Quoique leur journée paroiſſe remplie par cettevariété qG'exercices, ils trouvent le tems de ſe promener dans la Ville, pen-dant vapres-midi;& P'on ne traverſe point une rue, ſans y rencontrer quel-que Talapoin.

OurRE les Eſclaves, qu'ils peuvent entretenir pour la culture des ter-res, chaque Couvent a- pluſieurs Valets, qui s'appellent Tapacaou,& quiſont véritablement ſéculiers. IIs ne laiſſent pas de porter l'habit religieux;avec cette ſeule différence, que la couleur en eſt blanche. Leur office eſtde recevoir'argent qu'on donne à leurs Maitres, parceque les Talapoinsn'en peuvent toucher ſans crime; d'adminiſtrer les biens,& de faire, enun mot, tout ce que la loi ne permet point aux Religieux de faire eux-

emes.

UN Siamois, qui veut embraſſer cette profeſſion, s'adreſſe au Supérieurde quelque Couvent. Le droit de donner l'habit appartient aux Sancratsſeuls, qui marquent un jour pour cette cérémonie. Comme’ la conditiond'un Talapoin eſt lucrative,& qu'elle n'engage pas néceſſairement pour-toute la vie, il n'y a point de familles qui ne ſe rejouiſſent de la voir em-braſſer à leurs enfans(p). Les Parens& les Amis accompagnent le Poſtu-lant, avec des Muſiciens& des Danſeurs. II entre dans le Temple, ouùles femmes& les inſtrumens ne ſont pas regus. On lui raſe la tête, lesſourcils& la barbe. Le Sancrat lui préſente l'habit. II doit s'en revétirlui-même,& laiſſer tomber Phabit féculier par-deſſus. Pendant qu'il eſt oc-cupé de ce ſoin, le Sancrat prononce pluſieurs priéres, qui font apparem-ment Peſſence de la confécration. Apréès quelques autres formalités, lenouveau Talapoin, accompagné du meme cortège, ſe rend au Couvent.qu'il a choiſi pour ſa demeure. Ses Parens donnent un repas à tous lesTalapoins du Couvent: mais, de ce jour, il ne doit plus voir de danſes, ni-de ſpectacles profanes;& quoique la fete ſoit célébrée par quantité de di-vertiſſemens qui s'exécutent devant le Temple, il eſt défendu aux Tala-poins d'y jetter les eux(4). UraA

(p) La Loubere ne convient point, avec

comme P'écrivent les Siamois, n'eſt qu'unGervaiſe, qu'on ait beſoin d'une permiſſion

titre de reſpect. IIs le donnoient, dit-il,

de la Cour par écrit, pour être regu Tala-poin. II repréſente que cet uſage ſeroit im-praticable dans toute l'étendue d'un grandRoyaume. On m'a toüjours aſſuré, dit-il’,non-ſeulement qu'il eſt libre à tout le mondede ſe faire Talapoin, mais que ſi quelqu'uns'oppoſoit à la réception d'un autre, il pé-chéeroit contre la Religion. Pag. 357.

(4) Gervaiſe diſtingue les Palapoins entrois ordres; les Bulouang, les Tobaou cou,& les Picou. La Loubere prétend au con-traire que Balouang, ou pluôt Pat-louang,

aux Miſſionnaires Iéſuites, comme nous leurdonnons celui de Reverence. Picou, eſt unautre nom qu'il n'a jamais entendu dans lePays;& TZchaou-cou eſt le ſeul mot Siamoisqui ſignifie ce que les Portugais ont nomméTalapoin. Cependant, comme il y a diffé-rens degrés entre les Sancrats, il ſe peut, a-joute til, pour ſe concilier avec Gervaiſe,que les noms de Pat-louang& de Picou ex-priment cette différence; ce qui mempéechepas que Tchaou-cou ne ſoit le nom générabde tous les Talapoins. Pag. 358.