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Tome douzième.
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DrschrPTIONDU RoVYAUME

DE SIAM.

Papier d'é-corce& defeuilles d'ar-bre.

Arvore deRaiz. Sespropriétés.

Balons faitsd'un ſeultronc d'arbre.

Siam n'aaucune denos eſpècesde bois.

Bois d'A-quila, com-ment il ſetrouve.

258 VOYXAGES DANS L E

onctueux& plus durables. Un mun qui en eſt revétu, a plus de blancheur,& n'a guères moins d'éclat que le marbre. Un vaſe de cette matière con-ſerve mieux Peau que la terre glaiſe; leur mortier eſt meilleur auſſi que lenôtre, parceque dans Feau qu'ils y employent ils font bouillir l'écorce decertains arbres avec des peaux de pœuf ou de buffle,& qu’ ils y mêlent mê-me du ſucre. Une eſpèce d'arbres, fort communs dans leurs forêts, jettecette gomme qui fait le corps des plus beaux vernis de la Chine& du Ja-pon. Mais les Siamois ignorent F'art de lä mettre en quvre.

Ins font du papier, non-ſeulement de vieux linges de coton, mais auſſide'écorce d'un arbre qu'ils nomment Ton-Coë,& qu'ils pilent comme lelinge. Quoiqu'il n'ait pas la blancheur du notre, ils écrivent deſſus avecde'encrè de la Chine. Souvent ils le noirciſſent, pour écrire avec uneeſpèce de craye, qui n'eſt que de la terre glaiſe, féchée au Soleil. IIs ü-crivent aufſi avec un ſtyle ou un poingon, fur les feuilles d'une ſorte d'ar-bre qui a beaucoup de reſſemblance avec le palmier,& qui ſe nomme Tan.Ces feuilles, qu'ils appellent Barlan, ſe coupent en quarré long& fort é-troit. C'eſt ſur cette eſpèce de tablettes, qu'on écrit les prières que les Ta-lapoins chantent dans leurs Temples.

LEs bois de conſtruction, pour les Maiſons, les Vaiſſcaux,& d'orne-ment pour la ſculpture, la menuiſerie, ſont d'une excellence& d'une va-riété finguliéres. II s'en trouve de leger& de fort peſant, d'aiſé à fendre,& d'autre qui ne ſe fend point, quelques cloux& quelques chevilles qu'ilregoive. Ce dernier, que les Européens ont nommé bois · marie, eſt meil-leur qu'aucun autre pour les courbes de Navire. Larbre que les Portugaisappellent Arvore de Raiz,& les Siamois Copat, a cette propriété communeavéc le peletuvier d' Afrique, que de ſes branches on voit pendre juſqu'àterre pluſieurs filets, qui prenant racine deviennent autant de nouveauxtroncs. Il ſe forme ainſi une eſpéce de labirinthe de ces tiges, qui ſe mul-tiplient toujours,& qui tiennent les unes aux autres par les branches d'oùelles ſont tombées.

Ir fe trouve, à Siam, des arbres ſi hauts& ſi droits, qu'un ſeul ſuffitpour faire un Balon de ſeize à vingt toiſes de longueur. On creuſe le tronc,on P'élargit à Paide du feu; enfuite on reléve ſes côtés par un bordage,c'eſt-à-dire par une planche de mêeme longueur. Onattache aux deux boutsune proue& une poupe fort haute, un peu recourbées en dehors,& ſou-vent ornées de ſculpture& de dorure,& de quelques nacres de perles enpièces de rapport.

LaA Loubere admire que parmi tant d'eſpèces de bois, les Siamois n'enayent pas une ſeule que nous connoiſfions en Europe. IIs n'ont pü éleverde meuriers. Le Pays eſt par conſéquent ſans vers à ſoye. IIs n'ont pasde lin;& les Indiens en font peu de cas. Le coton, qu'’ils ont en abon-dance, leur parott plus agréable& plus ſain, parceque latoile de coton ne ſerefroidit pas comme celle de lin, lorſqu'elle eſt mouillée de ſueur.

L.E bois d'Aquila ou d'-Aloës n'eſt pas rare à Siam,& paſſe pour meilleurqu'en tout autre Pays, quoique fort inférieur au Calamba de la Cochinchi-ne. La Loubere nous apprend qu'il ne ſe trouve que par morceaux, quiſont des parties corrompues dans les arbres d'une certaine eſpẽce..44 arbre