LA STATUE DE LOUIS XV. 215
tìplier îes fontaines dans quantité de quartiers qui en ont besoin , auffì bien qued’en procurer dans les mations des particuliers. Les Romains, dont toutes lesvues étoient fans cesse dirigées vers le bien public, penfoient bien différem-ment de nous à cet égard. Que de dépenses ne faifoient-ils pas pour procurerde l’eau en abondance aux différentes villes de leur domination! Ils en tiraientíouvent des endroits les plus éloignés. Pour la petite ville de Fréjus, ils enfirent venir de dix lieues. Pour Nîmes, ils furent jufqu’à sept lieues chercherles eaux de la rivière d’Eure, en coupant Sc perçant des montagnes. M. Deíor-me, de l’académie de Lyon, a remarqué que, si l'on mettoit bout à bout lesaqueducs que les Romains ont fait construire pour amener de l’eau à Lyon,ils occuperaient une étendue de plus de trente-six lieues de longueur. Plu-sieurs de nos villes de province ont fait des dépenses considérables depuispeu pour se procurer des eaux en abondance ; telles que Carcaffonne , Mou-lins, Dijon, Reims & Montpellier. Cette dernière ville entre autres vient defaire construire un aqueduc de sept mille quatre cent toises de long pouramener quatre-vingt pouces d’eau dans son enceinte Ça).
Pourquoi la Capitale de la France ne ferait - elle pas des efforts pourse procurer de semblables avantages! Il n’y a pas de ville plus mal appro-visionnée d’eau. Les Pompes de Notre-Dame , de la Samaritaine, P aque-duc d’Àrcueil, les sources du Pré saint Gervais Sc celles de Belleville , neproduisent guère ensemble que deux cent pouces d’eau. Et, s’il est vrai qu’iifaille un pouce d’eau coulant continuellement par chaque millier d’habitans,comme on l’a remarqué Çb) , il faudrait encore , en supposant un milliond’hommes à Paris, huit cent pouces d’eau ; ce qui ferait environ vingt pintespar jour pour chaque personne, pourvu qu on n’en laissât point perdre pen-dant la nuit. Il a déjà été proposé plusieurs projets, tant dans le siècle dernierque dans celui - ci, pour procurer à cette Capitale une si grande utilité.Comme la plupart sent ignorés, je crois devoir en parler.
Parmi les grands projets d’embeiliísemens de M. Colbert, il avoit résolu demultiplier les fontaines dans Paris. Dans l’emplacement de l’hôtel de Soiffons,ou l’on exécute la nouvelle halle au bled, il avoit projetté de faire cons-truire un vaste baffin, qu’on aurait rempli des eaux qu’il faisoit venir par denouveaux aqueducs. Au milieu devoit s’élever un rocher, fur lequel quatreFleuves de marbre auraient répandu l’eau, qui eut tombé en nappes dansce bassin , Sc qui de-là se serait distribuée dans les maisons des citoyens. Lesmatériaux nécessaires pour ce projet étoient déjà achetés ; Sc ce dessein auraitfans doute eu son entière exécution, si ce ministre eût vécu plus longtemps (c).
On lit dans un manuscrit de Charles Perrault , qui est à la bibliothèque
(a) Mémoire de M. Deparcieux‘.
(b) Ibidem, pag. 8.
(c) Œuvres de M. de Voltaire , Notes fur letemple du goût.