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Tome douzième.
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BeAulrhU.10621.Extrémecruauté duRoi.

Pourquoi ilretenoitBeaulieu,

VOYAGE DEIBEAULIEU

connoiſſance qu'ils avoient de ſes intentions ſuffiroit pour les tenir en bri-de. Sa cruauté Pavoit rendu terrible. Chaque jour de ſon règne avoit étémarqué par quelque ordre fanglant. Il s'Stoit défait de tous les Princes deſon fang, à Texception de ſon fils, pour lequel meme on commengoit àtrembler, depuis qu'il avoit chaſſé avec beaucoup de rigueur. II avoit ex-terminé prefqu'entiérement l'ancienne Nobleſſe;& Beaulieu aſſure quependant le féjour qu'il fit dans ſa Capitale, on n'entendit parler que deſupplices.

CEPENDANT il ne cefſfoit pas d'amuſer les Frangois par des promeſſes.Outre le mérite de leurs préſens, pour leſquels il confervoit toſjours la mè-me admiration, il ſe croyoit intéreſſé à les retenir, pour employer quel-ques-uns de leurs Artiſtes, à divers ouvrages dont il faiſoit ſon unique a-muſement. Beaulieu raconte qu'un jour, on vint Pavertir que ce Princedemandoit impatiemment à le voir. Il ſe hata d'aller au Palais. Le Sa-bandar, qui lui en avoit apporté Fordre, lui apprit en chemin, que le Roifaiſant beaucoup de cas des deux fers de picque qui étoient au nombre despréfens, avoit voulu faire graver& dorer la pointe, qui n'étoit que four-bie juſqu'à la moitié du taillant. Il avoit chargé de ſce travail un de ſesOuvriers, qui les avoit mis au feu, pour y coucher l'or. Mais il avoittrouvé, en les retirant, que la premiere peinture en étoit partie. II étoitallé auffi-tét chez les Frangois, dans l'eſpérance d'y trouver quelqu'un,

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qui ft capable de réparer ſa faute.penille, auquel il s'étoit adreſſé,pas de travailler en fer.

LE Roi ſe fit apporter les fers de picque.mi dit naturellement qu'il croyoit le mal irréparable.

Un Orféevre de Rouen, nommé Houp-lui avoiĩt répondu que ſon métier n'étoit

II les fit voir à Bceaulieu, quiCette réponſe l'irrita

ſi vivement contre le miſérable qui les avoit mis au feu, que ſur le champ

il lui fit couper les deux poings(n).

(n) Ibid. pag. 52. Puis me dit qu'il avoitentendu que j'avois un Orfèvre, qu'il meprioit de lui faire émailler un gros anneaud'or qui peſoit plus d'une once, qu'il me dé-livra. Jeé dis que je ne ſavois ſi cet Orfèvreſavoit Smailler ou non,& que je ne l'avoisjamais vü travailler. II me répondit, par leSabandar, qu'’il ſavoit que 1'Orfêvre étoit

habile homme,& qu'il avoit déja promis à-

quelques- uns de travailler& d'émailler;qu'il le contenteroit,& me prioit d'avoirFeil ſur lui,& qu'il enverroit un de ſes Or-fèvres qu'il me montra, pour apprendre laméthode du mien. II Stoit extrémement cu-rieux de pierreries& orfévreries,& avoitplus detrois cens Orfévres, qui travailloientjournellement pour lui:& ſur celà, il memontra& fit voir un très-grand nombre depierreries en œuvre& hors d'œuvre, qu'ilfaiſoit la plüpart percer par deux endroits,faiſant faire des colliers& chaines de gran-des émeraudes,& des bajus, ou caſaques, à

QuEIL-

ſa mode, tout brodées de ces pierreries, com-me auſfſi diverſes orfévreries; comme degrands vaiſſeaux d'or, couverts de pierreries;grand nombre d'épées, coutelas& poignardsà leur mode, qui en étoient entiérement cou-verts, tant ſur les gardes que ſur les four-reaux: nombre d'agrafes, ou crochets, à met-tre ſur ſes caſaques ou à la fente d'icelles, enforme de boutons,& me dit qu'en ce qu'ilavoit de bajus, ou caſaques, il y avoit plusde trois bahars d'or employés;(Un bahar eſtplus de trois cens cinquante livres, poids deFrance);& que s'il avoit employé ſix joursconſécutifs à me montrer ſes joyaux& pier-reries, ils ne ſuffiroient pour me faire toutvoir. Je ne ſais s'il me dit celà afin que j'ad-miraſſe ſes richeſſes; mais tant-y a qu'en deuxheures de tems que j'ai été là, j'en ai vü ungrand nombre, la plüpart deſquelles ſontplütot pierres de parade que de valeur;&hors de ſes mains elles ne vaudroient pas àbeaucoup près ce qu'il les eſtime. Néanmoins,

parmi