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Avantureun Joueur
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Oortugals.
NONYAGE DE BEAULIE;U
CETTIE fLérocité ne l'empécha point d'accorder à Beaulieu la liberté dequelques priſonniers Portugais, qui languiſſoient depuis long-tems dans lesfers. Entre pluſieurs Négocians de la même Nation, qui cherchoient àsenrichir par le Commerce ou par d'autres voyes, F'Auteur lia connoiſſan-ce, à la Cour d'Achem, avec Dom Franciſco Carnero, Joueur habile,& ſiheureux, qu'il ſembloit avoir enchainé la fortune. On découvrit néan-moins que la mauvaife foi m'avoit pas moins de part que le bonheur& l'ha-bileté, aux avantages qu'il remportoit continuellement. Aprés avoir gagnéde groſſes ſommes au Sabandar, qui ſe dédommageoit de ſes pertes par lesvexations qu’il exergoit ſur les Marchands, il jouoit un jour contre uneDame Indienne, à laquelle il avoit déja gagné une ſomme conſidérable,lorſqu'en frappant du poing ſur la table, pour marquer ſon étonnement d'uncoup extraordinaire, il rencontra un de ſes dez qu'il briſa,& dont il ſortitquelques goutes de vif argent. Elles diſparurent auſſi-tòt, parceque la tableavoit quelque pente. Les Spectateurs Indiens, d'autant plus étonnés decette avanture, que Carnero ſe ſaiſit promptement des piéeces du dé,&qu'il refuſa de les montrer, jugèrent qu'il y avoit de l'enchantement. Onpublia qu’'il en étoit ſorti un eſprit, que tout le monde avoit vũ ſous uneforme ſenſible,& qui s'étoit 6évanoui ſans nuire à perſonne(). Beaulieupénétra facilement la vérite. Mais il laiſſa les Indiens dans leur erreur;& loin de rendre aucun mauvais office à Carnero, il Pexhorta fortementà renoncer au jeu, dont il ne pouvoit plus eſperer les méêmes avanta-
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„ bre, leur donnant charge de bien écouter„au travers les portes,& diſſimula juſqu'au„ point du jour, qu'il envoya quérir prompte-„ ment celles qui avoient crié; leſquelles é-
„ tant devant lui, s'informa de Foccaſion
„ de ce bruit. Aucunes répondirent que ce„ n'Etoit rien. Mais voyant qu'il ſe met-„toit en colére, une lui dit que celle qui-„ Etoit proche d'elle avoit crié. Le Roi lui
„ commanda de dire promptemem Ia vérité.„ Elle répondit que dormant, il étoit venu„ quelqu'un par.- deſſous le lieu où elle étoit,„ qui au travers des bambous ou roſeaux„ qui leur ſervent de lit, l'avoit piquée par
„ la cuiſſe avec un cris; que celà l'avoit fait
„crier;& que les autres s'toient réveillées.„Alors le Roi leur demanda ſi elles avoient„ entendu quelqu'un.„ non; autres, que ſi: davantage, qu'elles„avoient trouvé le cris, que le Roi fit ap-„ porter,& qui ne fut reconnu de perſon-„ bo.„ ou Capitaine du Guet, qui eſt auſſi une
Les unes dirent que
Alors il envoya quérir la Merigne,
„ pourquoi elles ne lui avoient pas dit la„ vérité:& voyant qu'elles ne lui répon-„ doient rien, il s'irrita& tomba en ſoup-„ çon que l'on attentoit à ſa vie,& que c'e-„toit ſa propre mêère,& qu'elle avoit apoſtẽé„ ces femmes pour faire quelque allarme,„ afin de le faire ſortir de ſa chambre pour„ le tuer aiſément; qui fut l'occaſion qu'il-„ fit ainſi torturer les femmes qui avoient
„ crié& la Merigne même.
„ Et encore que ces femmes mayent char-
„ gé perſonne, le Roi n'a pas laiſſé d'arré-
„ter ſa mêère, à laquelle j'ai entendu qu'il
„a fait auſſi donner la queſtion;& envoya
„ l'Orancaie Laxeman, lorſque j'étois dans„ le Chaàteau, faire tuer ſon propre neveu,„ fils du Roi de Johor, diſant que c'toit ce„ jeune Prince que ſa mêre vouloit faire Roi;„& à ce ſoir, j'ai appris qu'il a encore fait
„ mourir le fils du Roi de Bintan, qu'il te-„ noit aux fers,& le fils du Roi de Pahan,„ qui lui étoient parens;& dit on qu'il fera„ encore mourir ſa mêre, à quoi il y a bien
„ femme qui a cet office dans le Chateau;„ de l'apparence, car il a déja pris toutes„ lui demanda s'il étoit entré quelqu'un la„, ſes richeſſes,& a fait encore mourir cinq„ nuit. Répondit que non. Lors s'adreſ-„ des principaux Seigneurs de ſa Cour,
„ qu'il eſtimoit favoriſer ſa mêre. Ibid.„ Hag. 63.
„ ſant à celles ſous qui le cris avoit été trou-„ vé, demanda qui l'avoit apporté, qui les
„ avoit piquées avec, qui les avoit fait crier,
(p) Lbid. pag. 65.