DescaͤterIoNDE L.ISLR DES0MATRA.
VOYXAGE DE BEAULIE U
ſer à Pentrée de la Rade;& ſes marchandiſes ne furent ſauvées que pourtomber entre les mains du Roi, avec les Officiers,& cent vingt hommesd'équipage. Les principaux ſe rachetéèrent, par lentremiſe des MarchandsMores, chacun pour la ſomme de deux cens cinquante piaſtres,& les gensde marine pour cinquante. On a vü que les débris du Vice-Amiral Fran-gois eurent le même fort.
Tovs les Etrangers qui ſe préſentent au Chäteau d'Achem doivent yporter des préſens. Le ſucces de leurs affaires dépend de cette prépara-tion;& chaque demande qu'ils font au Roi doit etre accompagnée de quel-ques nouvelles libéralités; d'ailleurs, les droits ſur Lentrée des marchandi-ſes montent preſqu'à dix pour cent(i). Mais ce que Beaulieu regardecomme une fource abondante de richeffes, pour la Couronne d'Achem, c'eſtle fond même du Commerce, qui eſt preſqu'uniquement entre les mains duRoi. Ce Prince force ſes Sujers de lui donner à bon compte les marchan-diſes dont il remplit ſes magaſins;& ſa volonté devenant la ſeule re-gle du prix avec les Etrangers, ſon profit ordinaire eſt de cinquante pourcent(¼)..
LEs ufages, les habits& la religion des Habitans de Sumatra, du moinsdans les parties maritimes, qui ſont les ſeules connues, reſſemblent preſ-qu'entiéerement(1) à ce qu’'on a lü des autres Malais, dans un grand nom-bre de Relations précédentes. II ne reſte dans le Journal de Beaulieu,qu'un ſeul article qui puiſſe intéreſſer la curioſité,& qui ne ſe trouvant lié
32²⁶
avec aucun autre événement, ſera rejetté dans une Note(m).
i) Pag. 110.
8 Ibid.
(1) De Graaf, pag. 23.
(m) Beaulieu n'ayant pü ſe procurer d'é-clairciſſement ſur les anciens Rois d'Achem,borna ſes recherches à la Race règnante, dontil raconte ainſi l'établiſſement avec l'aimableſimplicité du vieux ſtyle.
„ II faut ſgavoir, dit- il, qu'avant cettenouvelle Race Royale, les Orancaies ſe li-„ centioient grandement, étoient amis de„ nouveautés, inſolens& ſuperbes; à quoi„ les convioient encore les grands moyens„ que leurs Prédeceſſeurs leur avoient laiſ-„ fés. Les Rois ne les avoient jamais mal-„ traités, ni aucune Nation pillés. La Ville„ éetoit ſix fois plus grande qu'elle n'eſt à„ préſent,& ſi peuplée qu'à peine pouvoit-„ oön paſſer par les rues. Les richeſſes de„ l'Ile, étant éparſes en diverſes mains,„ Cauſoient un ſi grand abord de Marchands,„ qu’'il n'y avoit Ville dans les Indes où le„ trafic fut ſi floriſfant;& n'y ayant alors„ d'alfandegue ni d'autres droits, le négoce„ ſe faiſoit en quinze jours. On ne comptoit„ pas les mazes; mais le payement ſe faiſoit par„ meſures. Les Orancaies avoient de belles„& grandes maiſons bien cloſes,& du ca-„ non à leurs portes, grand nombre d'Eſcla-
ves, tant pour leur garde que pour leurſervice. IIs marchoient ſuperbement vé-„ tus, bien accompagnés,& reſpectés du„ Peuple. Cette grande puiſſance apportoit„ beaucoup de diminution à l'autorité royale;„ car les principaux Orancaies avoient bien„tant d'autorité& de forces, qu'étant en-„ nuyés de la domination d'un Roi, ils le„ maſſfacroient pour en inftaller un autre;&„ cC’'Etoit grand hazard ſi un Roi jouiſſoit„ deux ans de da Couronne. S'il fubſiſtoit„ davantage, c'etoit avec tant de travaux&„avec tant d'obligation vers quelques Oran-„ caies, qu'il ne lui reſtoit que l'ombre du„pouvoir& le titre de la dignité.
„ Ce mauvais ménage dura juſqu'à l'ex-„ termination de la ligne des anciens Rois,„ qui fut il y a quarante ans paſſés. Tous„ les Orancaies s'aſſemblèrent, pour réſou-„ dre à'élection d'un d'entr'eux. Mais com-„ me chacun pratiquoit la royauté pour ſoĩ,„ ils ne purent tomber d'accord; tellement„ qu'ils en vinrent aux mains;& la choſe„ eüt paffé encore en pire état, ſans leur Ca-„ di, ou grand Evéque, qui par ſon autori-„ té& les remontrances qu'il leur fit, appai-„ ſa leurs diviſions. II leur propoſa un ex-„ pédient, pour leur ôter la jalouſie les uns„ des autres, qui fut d'Elire, pour Roi, un„ Oran-