II quitte lelieu de ſanaiſſance.
338 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
voit e occaſion de viſiter, on ne trouve pas une faute de Géographie.Le Roi Philippe II, Prince aſſez éclairé pour diſcerner Phiſtoire d' avec lafable, eſtimoit ſingulierement Pinto,& ne ſe bornant point au plaiſir qu'iltrouvoit dans ſon entretien, il marquoit une déférence extraordinaire pourſon jugement. Figuero, qui rend ce témoignage, ajoũte que d'autres grandsPrinces le comblerent de faveurs,& lai donnoient ſouvent audience pourle ſeul plaiſir de lui entendre raconter ſes Voyages(f). Enfin ceux quiont lü les premieéres conquetes des Portugais& des Eſpagnols doivent êtreaccoutumés aux événemens merveilleux. II ſuffit de ſe rappeller l'état desIndes, à Parrivée des premiers Européens,& combien la différence desloix, des uſages, des habits, des armes; en un mot, des principes&des habitudes, düt faire naitre d'avantures bizarres& ſingulieres. Cellesde Pinto n'ont commencé à devenir ſuſpectes, que long-tems apréès la pu-blication de ſon Ouvrage, c'eſt-à-dire, lorſque les Indiens, aguerris parnêtre commerce, ſont devenus fort différens de ce qu'ils avoient paru d'a-bord à leurs Vainqueurs. Quoiqu'il en ſoit, un Voyageur conſtammenteſtimé de ſa Nation, auquel on ne reproche aucune fauſſeté connue, ſoi-gneuſement juſtifié ſur les choſes doutéuſes, par quantité de bons Ecrivains,& cité avec éloge dans un grand nombre d'excellentes Relations, ne doitpas être exclus de ce Recueil, pour quelques accuſations vagues, qui neportent que fur la multitude de fes avantures,& ſur la fidélité extraordi-naire de ſa mémoire(g).
L'uvNrQug différence qu'on croit devoir mettre entre cet extrait&celui des Voyages précédens, c'eſt de laiſſer la narration dans la bouchede l'Auteur, parcequ'il ſeroit moins agréable& plus difficile de ſuivre au-trement Phiſtoire de ſa vie. N'en dérobons pas Pexorde, qui forme unepréparation intéreſfante. Apréès quelques plaintes de la fortune,„ Pinto,„ remercie le Ciel de l'avoir délivré d'une infinité de périls, entre leſquels„ il a marché toute ſa vie. Pendant vingt& un ans de courſes, il s'eſt vü„ treize fois captif,& dix-ſept fois vendu. Sa conſolarion, dans un ageavancé, eſt de pouvoir laiſſer à ſes enfans, pour mémoire& pour beritoge,„Fexemple de ſes peines& de ſa conſtance, qui doit exciter leur confian-„ Ce au fecours du Ciel'“.
L
(†) Figuero, ubi ſup. Pinto eſt traité de Romancier, à lavérité d'après(g) Dans l'Avertiſfement de M. Prevoſt,'Auteur Anglois, dont le ſentiment doit tou-qui Ie trouve à la tete de ce Recueil, Mendez jours parottre d'un grand poids. R. d. E.
1Premidre fortune de Pinto,& ſon départ pour les Indes.
Avols éprouvé, pendant dix ou douze ans, la miſere& la pauvretẽdans la maiſon de mon pêre(a), lorſqu'un de mes oncles, formantquelque eſpérance de mes qualités naturelles, me conduiſit à Lisbonne,ou il me mit au ſervice d'une Dame de trés-illuſtre Maiſon. Ce fut lameme
(4) II Stoit né à Montemor-Ovelbo.