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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 339

méme année que ſe fit la pompe funêbre du Roi Dom Emanuel, le 13 Dé-cembre 1521,& je ne trouve rien de plus ancien dans ma mêémoire. Ce-pendant le ſuccès répondit ſi mal aux intentions de mon oncle, qu'après unan& demi de ſervice, je me trouvai engagé dans une malheureuſe avan-ture, qui expoſa ma vie au dernier danger(b). Je pris la fuite avec uneſi vive épouvante, qu’'étant arrivé, ſans aucun autre deſſein que d'gviterla mort, au Gué de Pedra, petit Port ouù je trouvai une Caravelle qui partoitchargée de chevaux pour Setuval(c), je m'y embarquai& partis le len-demain. Mais à peine fümes nous éloignés du rivage, qu'un Corſaire Fran-gois, nous ayant abordés, ſe rendit mattre de nôtre Bàtiment ſans la moin-dre réſiſtance, nous fit paſſer dans le ſien avec toutes nos marchandiſes, quimontoient à plus de ſix mille ducats,& coula nôtre Caravelle à fond. Nousreconnmes bien-têt que nous étions deſtinés à la ſervitude,& que l'inten-tion dé nos mattres étoit de nous aller vendre à la Rache en Barbarie. IIsy portoient des armes, dont ils faiſoient Commerce avec les Mahométans.Pendant treize jours entiers qu'ils conſervêèrent ce deſſein, ils nous traitè-rent avec beaucoup de rigueur. Mais le ſoir du treiziéme jour, ils décou-vrirent un Navire, auquel ils donnérent la chaſſe pendant toute la nuit,& qu ils joignirent à la pointe du jour. L'ayant attaqué avec beaucoup decourage, ils le forcerent de ſe rendre, apres avoir tué ſix Portugais& dixou douze Eſclaves. Ce Baâtiment, que pluſieurs Marchands de Lisbonneavoient chargé de ſucre& d'eſclaves, fit paſſer entre les mains des Cor-ſaires, un bucin de quarante mille ducats. IIs abandonnérent le deſſeind'aller à la Rache;& ne penſant qu'à faire voile en France, avec une par-tie de leurs Priſonniers, qu ils jugèrent propres à les ſervir dans leur navi-gation, ils laiſſerent les autres, pendant la nuit, dans une Rade nomméeMelides. J'étois de ce dernier nombre, nud comme tous mes Compagnons,& couvert de playes, qui nous reſtoient des coups de fouet que nous avionsregus les jours precédens. Dans ce triſte état, nous arrivâmes le lende-nain à S. Facqus de Cagen, où nos miſères furent ſoulagées par les Habi-tans. Aprées y avoir rétabli mes forces, je pris le chemin de Setuval. Mabonne fortune m'y fit trouver preſqu'en arrivant, l'occaſion de m'employerpendant pluſieurs années. Mais P'eſſai que j'avois fait de la Mer, ne m'a-voit pas dégouté de cet élément. Je conſidérai qu'en Portugal mes plushautes eſpérances ſe réduiſoient à me mettre à couvert de la pauvreté.]'en-tendois parler ſans ceſſe des tréſors qui venoient des Indes,& je voyoisſouvent arriver des Vaiſſeaux chargés d'or ou de précieuſes marchandiſes.Le deſir de mener une vie aiſée, plutêôt que le courage ou l'ambition, mefit tourner les yeux vers la ſource de tant de richeſſes;& je pris la ré-ſolution de m'embarquer fur le ſeul principe, qu'à quelque fortune queje fuſſe réſervé, je ne devois pas craindre de perdre beaucoup au chan-gement.

Cx.(b) Les Ennemis de Pinto n'ont pas don-(c) Le Roi Dom Juan III. y tenoit alorsné une explication honorable à cette avan ſa Caur, à cauſe de ſa peſte qui régnoit en

ture. divers endroits du Royaume. R. d. E.VV 2

MENDEZPINTo.

Sa fuite deLisbonne.

Il eſt prispar des Cor-ſaires Frangois.

Motifs quile conduiſentaux Indes.