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Tome douzième.
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340
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MzENDEZPINToO.

Son départ.

Il ſe rend àDiu.

Un amiPengage à fai-re le Voyaged'Arquico en

Son premiercombat.

340 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

CE fut Ponzième jour de Mars, de l'année 1537, que je partis avec uneFlotte de cinq Navires, qui n'avoit aucun Géneral, c'eſt-à-dire, dont cha-que Vaiſſeau étoit commandé par un Capitaine indépendant. Le plus con-fidérable nommé la Reine, étoit ſous les ordres de Dom Pedro de Sywa,fils du fameux Amiral Dom Vaſco de Gama. C'étoit dans ce même Navireque Dom Pedro avoit apporté, à ſon retour, les os de ſon pèêre, qui étoĩtmort aux Indes;& le Roi, qui ſe trouvoit alors à Lisbonne, les avoit faitrecevoir avec une pompe dont le Portugal n'avoit jamais vũ d'exemple. Lefecond Vaiſſeau, nommẽé le Saint Roch, étoit commandé par Don Fernandde Lima, qui perdit généreuſement la vie en défendant la Fortereſſe d'Or-mus, dont il fut nommé Gouverneur en 1538. La Sainte Barbe, troiſièmeVaiſſeau, avoit pour Capitaine Dom George de Lima, couſin de Dom Fer-nand,& nommé Gouverneur de la Ville de Chaul. La Heur de Mer re-connoiſſoit pour Chef Dom Lope Vaz Vagado. Enfin, le Commandant ducinquiéme Vaiſſeau, nommé le Galega, étoit Dom Martin de Freitas, quifut tué la mêème annẽe à DHaman; tous Guerriers d'une valeur reconnue, dontla gloire eſt conſacrée dans les Annales Portugaiſes.

EN arrivant au Port de Mozambique, nous y trouvàmes un ordre de Nu-gno da Cunba, Vieeroi des Indes, par lequel tous les Vaiſſeaux Portugais,qui devoient arriver cette année, étoient obligés de ſe rendre à Diu, où laFortereſſe étoit menacée de l'attaque des Turcs(41). Trois des cinq Navi-res de la Flotte prirent auſſi-tôt cette route. F'etois ſur le Saint Roch, quimit le premier à la voile;& je füs nommé ehtre ceux qui demeurèrent àDiu pour la défenſe du Fort. Cependant, dix- ſept jours après mon arrivée,deux Fluttes partant pour la Mer-rouge, dans la vHe d'y prendre des infor-mations ſur le defſein des Turcs, je ne pus réſiſter aux inſtances de l'un desdeux Capitaines, avec lequel je m'étois lié d'amitié,& qui me dePaccompagner dans ce Voyage. Il Stoit chargẽé auſſi d'une lettre de DomSiweira, Gouverneur du Fort, pour Henri Barboſa, Facteur Portugais, quiréſidoit depuis trois ans, par l'ordre du Viceroi, au Port d'Arquico, dansles Terres de Empereur d Ethiopie.

Nouvs partimes d'un tems fort orageux, qui ne nous empécha point d'ar-river heureuſement à la hauteur de Mlazua. Là, vers la fin du jour, nousdécouvrimes, en pleine Mer, un Navire auquel nous donnàmes ſi vivementla chaſſe, que nous l'abordämes d'aſſez prêès. Nous Favions pris pour un-Indien;& ne penſant qu'à remplir nôtre commifſion, nous nous étions a-vancés juſqu'à Ja portée de la voix, pour demander civilement, au Capitai-ne, ſi Armée Turque étoit partie de Suez. Mais, pour unique réponſe,on nous tira douze volées de petits canons& de pierriers, qui n'incommo-dèrent que nos voiles;& nous entendimes retentir l'air de cris confus, quecette hoſtilité nous fit regarder comme des bravades. Bien-tôt, elles fu-rent accompagnées d'un grand cliquetis d'armes,& de menaces diſtinctes,avec leſquelles on nous preſſoit d'approcher& de nous rendre. Cet accueil-nous caufa moins d'effroi que d'étonnement. II Stoit trop tard pour s'a-

ban-

(d) Voyez au premier Tome de ce Recueil, tous les événemens qui ne ſont ici qu'an-20Ces,