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Tome douzième.
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MENDEZPINTo.Pinto y eſt

envoyé parterre.

Généroſitéd'un jeune

Abyſſin.

Marche dePinto juſqu’'àGileytor.

II voit laPrinceſſe Ti-gremahon,Méère de'EmpereurdEthiopie.

342 VOYXAGES DE MENDEZ PINTO

LE méême jour, nous allàmes paſſer la nuit dans un riche Monaſtéère,nommé Satilgaon(g). Le lendemain, avant le lever du Soleil, nous etantmis en marche le long d'une Riviere, nous fimes cinq lieues juſqu'à Biton-te, où nous fames logés dans un autré Monaſtére, dédié à Saint Michel.Nous y regmes avant le ſoir, la viſite d'un jeune Scigneur, fils de Berna-guez, Gouverneur de cette partie de †'Ethiopie, qui parut ſur un cheval é-quipé à la Portugaiſe, d'un harnois de velours violet, frangé d'or, avecune fuite de trente hommes montés ſur des mulets. Sa ſelle étoit un pré-ſent que le Viceroi des Indes lui avoit envoyé, depuis deux ans, par unPortugais nommé Lope Chanoa, qui fut enlevé à ſon retour& fait eſclaveau grand Caire. Le jeune Seigneur Abyſſin, informé de ſa diſgrace, avoitenvoyé un Juif au Caire pour le racheter. Mais il étoit déja mort de cha-grin& de miſere. Cette nouvelle avoit été ſi ſenſible au jeune Bernaguez,qu'il avoit fait faire à Chanoca, dans le meme Monaſtéere où nous étions,de magnifiques funcrailles, auxquelles plus de quatre mille Prétres du Paysavoient affiſté;& pouſfant encore plus loin la reconnoiſſance, après avoirappris que le mort avoit à Goa trois petites filles, jeunes& fort pauvres, illeur avoit fait une aumône de trois cens Oqueas d'or, qui valent chacunedouze croiſades de Portugal(L).

Novs continuàmes le lendemain nôtre marche, ſur d'excellens chevauxqu'il nous fit donner. Pour la rendre plus agréable, il nous fit accompagner-de quatre perſonnes de ſa ſuite, qui nous firent un traitement magnifiquependant tout le reſte du Voyage. Notre premier logement fut dans un Cuâ-teau nommé Betenigur, où de quelque côoté qu'on jette les yeux, on ne dẽé-couvre que de charmantes futayes de cêdres, de cyprès& de palmiers. Lelendemain, nous traverſämes une grande plaine, extremement ferrile enbled. Nos journées étoient règlées à cinq lieues. Le ſoir, nous logedmesſur une montagne, nommée Vagaleu, habitee par des Juifs blancs& de bel·le taille, mais qui nous parurent fort pauvres. Deux jours après, nouspaſſames la nuit à Fumbeau, Bourg confidérable, où nous trouvmes Barbo-fa& ſes quarante Portugais, qui nous regurent avec de grands témoignagesde joye. II ne reſtoit que deux lieues juſqu'à Gileytor, où nous arrivàmesle Dimanche 4 d'Octobre.

ApRns avoir pris un peu de repos, nous nous rendimes avec Barboſa,au Palais de la Princeſſe, que nous trouvàmes à la Meſſe, dans ſa Chapel-le. Lorſqu'elle fut rentrée dans ſon appartement, Barboſa nous fit mettreà genoux devant elle. Nous baiſames F'eventail qu'elle tenoit à la main,avec d'autres cérémonies dont on avoit eu ſoin de nous inſtruire. Elle pritbeaucoup de plaiſir à nous voir;& parmi quantité de queſtions ſur le Pa-pe& les Rois Chrétiens, elle nous demanda pourquoi ces Princes étoientdevenus ſi indifférens pour la Terre-Sainte, qu ils la laiſloient au pouvoir du-Turc, Fennemi de nötre foi(i)?2 2

PENDPDANT neuf jours que nous paſſaàmes à Gileytor, nous ehmes ſou-

vent

(½) On ne neglige jamais les détails géo-(b) Ibid pag. 19.graphiques.(i) Pzg. 20. †½