Band 
Tome douzième.
Seite
343
JPEG-Download
 

AUX INDES ORIENTAL ES, Lrv. II. 343

vent honneur d'entretenir cette Princeſſe. En nous congédiant, elle nousdit avec beaucoup de bonté,„ qu'elle ſouhaitoit qu'à nôtre arrivée aux In-„ des, nous fuſſions auſſi-bien regus de nos amis, que la Reine Saba l'avoit„ été de Salomon dans'admirable Palais de ſa grandeur“. Elle nous fitdonner quatre-vingt oqueas d'or, c'eſt-à-dire, la valeur de deux cens qua-rante ducats,& vingt Abyſſins, pour nous conduire juſqu'au Port d'Ar-quico où nos Fuſtes nous attendoient.

Novus remimes à la voile, le 6 de Novembre, avec Martinez de Sei-xas, que la Princeſſe avoit chargé d'une lettre& d'un préſent conſidérablepour le Viceroi des Indes. Un Evéque Abyſfſin, qui ſe propoſoit de fairele Voyage de Portugal& de Rome, avoit demandé paſſage à nos deuxCommandans juſqu'à Diu. II 6toit une heure avant le jour, lorſque nousquittàmes le Port;& ſuivant la Côte, avec le vent en poupe, nous avionsdoublé, vers midi, la pointe de Gogam, lorſqu'en approchant de l„e des E-cueilrs, nous découvrimes trois Vaiſſeaux, que nous primes dans Péloigne-ment pour des Gelvas ou des Terrades, noms des Batimens ordinaires duPays. Le ſeul deſir de recevoir quelques nouvelles informations, nous fitgouverner vers eux. Un calme, qui ſfurvint tout d'un coup, étoit peut-Etre une faveur du Ciel, qui vouloit nous dérober au danger. Mais nousnous obſtinãmes ſi fort à ſuivre la même route, qu'ayant joint la rame ànos voiles, nous fümes bien-tôt aſſez prês des trois Navires, pour recon-noitre que c'toient des Galiotes Turques. Nous primes aufſi- tot la fui-te, avec un effroi qui nous fit tourner nos voiles vers la terre. C'etoitavancer nôtre malheur, en donnant à nos ennemis P'avantage d'un vent ſou-dain, dont nous avions cru pouvoir profiter. IIs nous pourſuivirent à tou-tes voiles, juſqu'à la portée du fuſil;& lachant toutes leurs bordées à cet-te diſtance, ils mirent nos Fuſtes dans un état déplorable. Cette déchar-ge nous tua neuf hommes,& nous en bleſſa vingt-ſix. Enſuite, ils nousjoignirent de ſi prês, que de leur poupe ils nous bleſſoient aiſément avecle fer de leurs lances. Cependant quarante-deux bons Soldats, qui nous

eſtoient encore ſans bleſſures, reconnoiſſant que nôtre conſervation dé-

pendoit de leur valeur, réſolurent de combattre juſqu'au dernier ſoupir. Ilsattaquerent courageuſement la principale des trois Galiotes, ſur laquelle é-toit Solyman Dragut. Leur premier effort fut ſi furieux, de poupe à proue,qu'ils tuérent vingt-ſept Janiſſaires. Mais cette Galiote recevant aufſi-têtle ſecours des deux autres, nos deux Fuſtes furent remplies en un inſtantd'un ſi grand nombre de Turcs,& le carnage s'Schauffa ſi vivement, quede cinquante-quatre que nous étions encore, nous ne reſtàmes qu'onze vi-vans. Encore nous en mourut-il deux le lendemain, que les Turcs coupẽe-rent par quartiers,& qu'ils pendirent pour trophée au bout de leurs ver-gues(½). Ils nous conduiſirent à Mocka, dont le Gouverneur étoit beau-pere du même Dragut qui nous avoit pris. Tous les Habitans reçurent lesVainqueurs avec des cris de joye. Nous fúmes préſentés à cette multitu-le emportée, chargés de chasnes,& ſi couverts de bleſſures, que PFEvé-

que Abyfſin mourut le jour ſuivant des ſiennes. Nos ſouffrances furentbeau-

() Ibid. pag. 25& précédentes.

MeRnpezPINToO.

Secondcombat de»'Auteur.

II eſt prispar les Turcs.

Traitementqu’'il regoit.