MENDEZPINToO.
IlI eſt expo-ſé en vente.
Maſſacreaffreux dansMocka.
344 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
beaucoup augmentées par les outrages que nous regümes dans toutes lesrues de la Ville, où nous fmes menés comme en triomphe. Le ſoir, lorſ-que nous eQmes perdu la force de marcher, on nous précipita dans un noircachot. Nous y paſſames dix-ſept jours entiers, ſans autre ſecours qu'unpeu de farine d'avoine, qui nous étoit diſtribué le matin pour le reſte dujour.
Novs perdimes, dans cet intervalle, deux autres de nos Compagnons,qui furent trouvés morts le matin; tous deux, gens de naiſſance& de cou-rage. Le Geolier, qui nous apportoit nõtre nourriture, n'ayant oſé tou-cher à leurs corps, ſe hàta d'avertir la Juſtice, qui les vint prendre, avecbeaucoup d'appareil, pour les faire tratner par toutes les rues. Après yavoir été déchirés par toutes ſortes de violences, ils furent jettés en pie-ces dans la Mer. Enfin la crainte de nous voir périr ſucceſſivement, dansnôtre horrible priſon, porta nos mattres à nous faire conduire ſur la placepubliquc, pour y être vendus. Laà, tout le Peuple s'étant aſſemblé, majeuneſſe apparemment mattira Phonneur d'etre le premier qu'on mit envente. Tandis qu'il ſe préſentoit des Marchands, un Cacis de l'ordre ſu-périeur, qui paſſoit pour un ſaint, parcequ'il étoit nouvellement arrivé dela Mecque, demanda que nous lui fuſſions donnés par aumòne,& fit valoiren ſa faveur l'intérét même de la Ville, à laquelle il promettoit la protec-tion du Prophéte. Les gens de guerre, au profit deſquels nous devionsétre vendus, s'oppoſérent ſi bruſquement à cette prétention, que le Peu-ple prenant parti pour le Cacis, il s'éleva un affreux deſordre, qui ne finitque par le maſſacre du Cacis même,& par la mort d'environ ſix cens hom-mes. Nous ne trouvâmes point d'autre expédient, pour ſauver nôtre viedans ce tumulte, que de retourner volontairement à nôtre cachot, où nousregarddämes comme une grande faveur d'etre regus du Geolier.
SorvyMAN Dragut ayant moins réüſſi par l'autorité que par la dou-ceur, à calmer la fédition, nous fümes reconduits ſur la méême place,&vendus avec nôtre artillerie& le reſte du butin. Le malheur de mon ſortme fit tomber entre les mains d'un Renégat Grec, dont je déteſterai toü-jours le ſouvenir. Pendant trois mois que je fus ſon Eſcſave, il me traitaſi cruellement, qu'étant réduit comme au deſeſpoir, je pris pluſieursfois la réſolution de m'empoiſonner. Ije n'eus Fobligation de ma délivran-ce qu'au ſoupgon qu'il eut de mon deſſein: La cramnte de perdre l'argentque je lui avois couté, ſi j'abregeois volontairement mes jours, lui fit pren-dre le parti de me vendre à un Juif de Toro. Je partis, avec ce nouveauMattre, pour Caljan, où ſon Commerce Pappelloit. Mon eſclavage n'au-roit pas eté plus doux entre les mains d'un Chrétien. De-là, il me con-duiſit à Ormus, ou j'appris, avec des tranſports de joye, que Dom Fer-nand de Lima, dont j'étois connu, étoit Gouverneur du Fort Portugais.Pobtins de mon Mattre la permiſſion de me préſenter à lui. Ce génereuxSeigneur,& Dom Pedro Fernandez, Commiſſaire Général des Indes, quiſe trouvoit alors dans PIfle d'Ormus, firent les fraix de ma liberté. Elleleur couta deux cens pardos, c'eſt-à-dire, environ cent vingt écus de nôtremonnoye.
Irs ajoütérent, à cette faveur, celle de me laiſſer ſuivre mon penchant,
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