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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 3459

dans l'occaſion que j'eus bien-tòôt de partir pour les Indes, ſur un Vaiſſaauqui menoit des chevaux à Goa. Le vent nous fut ſi favorable, qu'en dix-ſept jours nous arrivàmes à la Côte de Diu. Nous y ſerions tombés entreles mains des Turcs, qui faiſoient alors le Siége de cette Fortereſſe, ſi lavüe de quelques Galéres, qui nous donnéèrent la chaſſe juſqu'à la nuit, nenous eut fait tourner vers Chaul, où nous relachames deux jours après. Diuétoit aſſiégé, depuis vingt jours, par le Bacha Solyman, Viceroi du Cai-re, avec une Flotte de cinquante-huit Galères(71).

PINTro continue de s'étendre, dans plus de vingt Chapitres, ſur quan-tité d'avantures qui n'auroient rien aujourd'hui d'intéreſſant, à la diſtanceoù nous ſommes des tems& des lieux. On aura ſoin, dans la ſuite de cetextrait, de paſſer de même ſur tout ce qui n'offre rien d'utile ou d'agréa-ble. Ici, après une troiſiéme captivité, qui l'avoit jetté dans une longue&dangereuſe maladie, il ſe trouve à Malaca, où le Gouverneur, nommé DomPedro de Faria, s'affectionne à ſa fortune.

Don Pedro de Faria, cherchant l'occaſion de m'avancer, m'envoya, dansune Lanchare(m), au Royaume de Pan, avec dix mille ducats qu'il mechargea de remettre à Thomé Lobo, ſon Facteur dans cette Contrée. De-là, ſes ordres devoient me conduire à Patane, qui eſt cent lieues plus loin.Il me donna une lettre& un préſent pour le Roi de Patane, avec une am-ple commiſſion pour traiter, avec lui, de la liberté de cinq Portugais, quiéStoient eſclaves de ſon beaufrêre. Je partis dans les plus douces eſpéran-ces. Le ſeptième jour de nôtre navigation, étant à la vüe de l'Iſle de Pu-lo Timon, qui eſt à la diſtance d'environ quatre-vingt-dix lieues de Malaca,& dix ou douze lieues de l'embouchure du Pan, nous entendimes, ſurMer, avant le lever du Soleil, de grandes plaintes, dont l'obſcurité nenous permit pas de reconnottre la cauſe. J'en fus aſſez touché, pour fairemettre la voile,& pour tourner avec le ſecours de la rame vers le lieu d'oùuelles paroiſſoient partir, en baiſſant la ve, dans P'eſpérance de voir&d'entendre plus facilement. Apres avoir continué long- tems nos obſerva-tions, nous découvrämes, fort loin de nous, quelque choſe de noir quiflottoit ſur eau. Il nous étoit impoſſible de diſtinguer ce qui commengoità frapper nos yeux. Nous n'étions que quatre Portugais dans la Lancha-re,& les avis n'en furent pas moins partagés. On me repréſentoit qu'au-lieu de m'arréter à des recherches dangereuſes, je ne devois penſer qu'àſuivre les ordres du Gouverneur. Mais n'ayant p0 me rendre à ces timi-des conſeils,& me croyant autoriſé par ma commiſſion à faire reſpectermes ordres, je perſiſtai dans la réſolution d'approfondir un événement ſiſingulier. Enfin les premiers rayons du jour nous firent appercevoir pluſieursperſonnes, qui flottoient ſur des planches. L'effroi de mes Compagnonsfaiſant place alors à la pitié, ils furent les premiers à faire tourner la prouevers ces miſérables, que nous entendimes crier ſix ou ſept fois, SeigneurDieu, miféricorde! Je preſſfai nos Matelots de les ſecourir. IIs tirèrentſucceſſivement, du milieu des flots, quatorze Portugais& neuf Eſclaves;

tous

(1) Voyez l'*Hiſtoire de ce Siége au premier Tome.(m) Ibid. pag. 142& ſuiv.

XITI. Part. X X

MENDEFZPINro.

Pinto eſtenvoyé auRoyaume dePan.

7

Rencontreextraordinai-re qu'il faitdans ſa route,

Hiſtoired'un triſtenaufrage.