MHENDEZPINTO.
Pinto arri-ve à Pan. LeRoi eſt tué,& les Portu-gais font pil-lés.
Repréſaillesdes Portugaisde Patane.
346 vOYAGESIDE MENDEZ PINTO
togs ſi déſigurés que leur viſage nous fit peur,& ſi foibles qu'ils ne pou-volent ſe foũtenir. On ſe hata de leur donner des fecours qui rappellèérentleurs forces. Lorfqu'ils furent en état de parler, un d'entr'eux nous ditqu'il ſe nommoit Fernand Gil Porcalbo; qu'ayant été dangereuſement bleſſéà la tranchée de Malaca, dans la ſeconde attaque que les Portugais avoientſoũtenue contre les Achemois, Dom Etienne de Gama, qui commandoit alorsdans cette Ville,& qui avoit cru devoir quelque récompenſe à ſon coura-ge, l'avoit envoyé aux Moluques avec divers encouragemens pour ſa for-tune; que le Ciel avoit beni ſes entrepriſes, juſqu'à le mettre en état departir de Ternate dans une Jonque chargée de mille bahars de poivre, quivaloient plus de cent mille ducats; mais qu'à la hauteur de Surabaya, dansPIfle de Java, il avoit eu le malheur d'eſſuyer une furieuſe tempête, quiavoit abimé ſa Jonque& tout ſon bien; que de cent quarante-ſept perſon-nes, qu’'il avoit à bord, il ne s'en étoit ſauvé que les vingt-trois qui ſe trou-vdient ſur le nôtre; qu'ils avoient déja paſſé quatorze jours ſur leurs plan-ches, ſans autre nourriture que la chair d'un Eſclave Caffre qui leur étoitmort,& qui avoit ſervi pendant huit jours à ſoũtenir leurs forces(n).
LàA fatisfaction d'avoir fauvé la vie à tant de malheureux, me rendit laſuite du Voyage fort agréable, juſqu'à la Ville de Pan, où je remis à Tho-mé Lobo les marchandiſes dont j'étois charge. Mais lorſque je me diſpo-ſois à continuer mon Voyage vers Patane, un accident fort tragique fitperdre au Gouverneur de Malaca toutes les richeſſes qu'il avoit entre lesmains de Lobo. Coja Geinal, Ambaſſadeur du Roi de Borneo, qui réſidoitdepuis trois ou quatre ans à la Cour de Pan, tua le Roi, qu'il trouva cou-che avec ſa femme. Le Peuple s'étant ſoulevé à cette occaſion, commitd'affreuſes violences, entre ſeſquelles il pilla le Comptoir des Portugais,qui perdirent onze hommes dans leur défenſe. Thomé Lobo n’'échapa aumaſſacre qu'avec ſix coups d'épée;& n'eut pas d'autre reſſource que de feretirer dans ma Lanchare, ſans avoir pu ſauver la moindre partie de ſesmarchandiſes. Elles montoient à cinquante mille ducats, en or& en pier-reries ſeulement. Cette fédition, qui avoit couté la vie à plus de quatremille perſonnes, dans l'eſpace d'une ſeule nuit, ſe ralluma le lendemain ſifurieuſement, que pour éviter le danger d'’y périr, nous mimes à la voilepour Patane, où la faveur du vent naous fit arriver dans ſix jours.
LEs Portugais, dont le nombre étoit aſſez grand dans cette Cour, pri-rent d'autant plus de part à l'infortune de Lobo, qu'un ſi terrible exemplede la perfidie des Indiens leur remettoit vivement devant les yeux ce qu'ilsavoient à redouter pour eux-mêmes. IIs ſe rendirent tous au Palais du-Roi;& li ayant fait leurs plaintes, aun nom du Gouverneur de Malaca,ils lui demandêèrent, avec beaucoup de fermeté, la permiſſion d'uſer derepréſailles ſar toutes les marchandiſes du Royaume de Pan, qui ſe trou-voient dans ſes Etats. Cette propoſition lui parut juſte. Neuf jours après,on regut avis qu'il étoit entré, dans la Rivière de Calantan, trois Jonquesfort riches, qui revenoient de la Chine, pour divers Marchands Panois.Aufſi-tôt, quatre-vingt Portugais s'étant joints à ceux de ma Lanchare,
nous
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