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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 347

nous équipämes deux Fuſtes& un Navire rond, de tout ce qui nous parutnéceſſaire à nôtre entrepriſe,& nous partimes avec aſſez de diligence pourprévenir les informations que nos Ennemis pouvoient recevoir des Maho-métans du Pays. Noötre Chef fut Jean Fernandez d' Abreu, fils du Pée-re nourricier de Dom Juan Roi de Portugal. II montoit le Vaiſſeau rond,avec quarante Soldats. Les deux Fuſtes étoient commandées par Lau-rent de Goez& Vaſco Sermento, tous deux d'une valeur& d'une expérien-ce reconnues. 3Nous arrivàmes le lendemain dans la Rivière de Calantan, ouù les troisJonques gtoient à l'ancre. Leur réſiſtance fut d'abord auſſi vive que Fat-taque: mais en moins d'une heure, nous leur tuàmes ſoixante-quatorzehommes, ſans avoir perdu plus de trois des nêôtres. Nos bleſſés, quoi-qu'en grand nombre, ne laiffant pas d'agir, ou de ſe montrer les armesà la main,'Ennemi conſterné de ſa perte, tandis qu'il croyoit nous voirencore toutes nos forces, ſe rendit, en demandant la vie pour unique gra-ce. Nous retournàmes triomphans, à Patane, avec un butin qui ne paſ-ſa que pour le juſte dédommagement des cinquante mille ducats de DomPedro, mais qui montoit à plus dedeux cens mille taels, c'eſt-àdire, à troiscens mille ducats de nétre monnoye. Le Roi de Patane exigea ſeulementque les trois Jonques fuſſent rendues à leurs Capitaines,& nous lui don-nämes volontiers cette marque de reconnoiſſance& de ſoumiſfſion().PEv de tems apres, on vit arriver, à Patane, une Fuſté commandéepar Antonio de Faria Souſa, parent du Gouverneur de Malaca, qui venoitde ſa part, avec une lettre& des préſens conſidérables, ſous prétexte deremercier le Roi-de la protection qu'il accordoit à la Nation Portugaiſe,mais au fond pour achever, dans ſes Etats,'établiſſement de nêtre Commer-ce. Antonio de Faria, dont le nom eſt devenu célebre par ſes fureurs autantque par ſes exploits, étoit un Gentilhomme ſans fortune, qui étoit venula chercher aux Indes, fous la protection d'un homme de ſon ſang& de ſonnom. II apportoit, à Patane, pour dix ou douze mille écus de draps&de toiles des Indes, quiil avoit priſes à crédit de quelques Marchands deMalaca. Cette eſpèece de marchandiſes ne lui promettant pas beaucoupde profit dans cette Cour, on lui conſeilla de Penvoyer à Lugor, grandeVille de la dépendance du Royaume de Siam, où l'on publioit qu'àa Pocca-ſion de Thommage que quatorze Rois y devoient rendre à celui de Siam,il s'Stoit aſſemblé une prodigieuſe quantité de Jonques& de Marchands.Faria choiſit, pour ſon Facteur, un Portugais nommé Chriſtophe Borralbo,qui entendoit parfaitement le Commerce,& lui confia ſes marchandiſes,dans un petit Vaiſſeau qu'il loua au Port de Patane. Seize autres Portu-gais, Soſdats& Marchands, s'embarquérent avec Borralho, dans l'eſpé-rance qu'un écu leur en rapporteroit ſix ou ſept. Jje me laiſſai vaincre aufſi81 de ſi magnifiques promeſſes,& je m'engageai dans ce fatal Voyage.Nous partimes avec un vent favorable;& trois jours nous ayant rendusdans la Rade de Lugor, nous mouillaàmes à Pentrée de la Riviére, pour yprendre des informations. On nous aſſura qu'en effet il ſe trouvoit deja,dans(°) Pag. 158& précédentes.XX 2

MENDEZPINToO.

Victoire&butin qu'ilsremportent.

PremierVoyage d'An-tonio de Fa-ria Soufa.

Etat de fafortune.

Dans quelleeſpérance ilenvoye Bor-ralho àLugor.

Pinto eſt duVoyage.