Band 
Tome douzième.
Seite
350
JPEG-Download
 

MegNDEZPINTP.

Grandesavantures del'Auteur.

Départ deFaria.

350 VvOYAͤGES DE MENDEZ PINTO9. 11.

Courſes& Avantures de Pinto, avec Antonio de Faria.

OrRF retour étoit attendu avec d'autant plus d'impatience, par tous2 les Portugais de Patane, que la plpart avoient profité d'une ſi belleoccaſion pour envoyer quelques marchandiſes à Lugot. Auffi la perte denôtre Valſſeau fur-elle eſtimée ſoixante-dix mille ducats, qui ſuivant les eſ-perances communes devoient produire ſix ou ſept fois la mme ſomme. An-tonio de Faria, plus ardent que les autres, par fon caractéere naturel,&pargequ'il avoit regardé le ſuccés de ntre Voyage comme le fondementde ſa fortune, tomba dans une conſternation inexprimable en apprenant denéetre bouche le fort de ſon Vaiſſeau. II garda un profond ſilence, pendantplus d'une qemie heure. Enſuite, comme s'il eqt employé ce tems à for-mer ſes réfolutions, il repondit à ceux qui entreprirent de le conſoler, qu'iln'avoir pas la force de retourner à Malaca, pour paroitre aux yeux de ſesCréanciers;& qu'ayant le malheur de ſe trouver inſolvable, il lui ſembloitplus juſte de pourſuivre ceux qui lui avoient enlevé ſes marchandiſes, quede porter de frivoles excuſes à d'honnetes Négocians, dont il avoit trahila conflance. Laà-deſſus, s'étant levé d'un air furieux, il jura ſur Evangi-le de chercher par Mer& par Terre celui qui lui avoit ravi fon bien,& deſe le faire reſtituer au centuple. T'ous ceux qui furent témoins de ſon ſer-ment louérent cette genéreuſe réſölution. II crouva, parmi eux, quantitéde jeunes gens, qui B“ à Taccompagner. D'autres lui offrirentde l'argent. II accepta leurs offres;& ſes préparatifs ſe firent avec tantde diligence, que dans l'eſpace de dix-huit jours, il équipa un Vaiſſeau,&s aſſocia cinquante-cinq hommes qui juürèrent à leur tour de vaincre ou depérir avec lul. Je fus de ce nombre; car j'Stois fans un ſou,& je ne con-noiſſois perſonne qui fũt diſpoſé à me preter. Je devois, à Malaca, plusde cinq cens ducats, que j'avois empruntés de pluſieurs amis. Enfin, jene poſſédois que mon corps, qui avoit même été bleſſé de trois coups dejavelot,& d'un coup de pierre à la tete, pour lequel j'avois ſouffert deuxopérations, qui avoient expoſé ma vie au dernier danger.

ArnRts avoir fini ſes préparatifs, Faria mit à la volle, un Samedi, 9 deMai 1540, vers le Royaume de Champa, dans le deſſein de viſiter les Portsde cette Côte, où ſon eſperance étolt d'enlever des vivres& des munitionsde guerre. Quelques jours de navigation nous firent arriver à la vüe dePulh Condor, Mle ſituée par les huit degrés vingt minutes du Nord, versFembouchure de la Riviere de Camboya. Nous y découvrdmes à PEſt, unbon Havre nommé Bralapiſan, à ſix lieues de la terre ferme, où ſe trouvoità ancre une Jonque de Lequios, qui menoit à Siam un Ambaſſadeur du Nau-taquin de Lindau, Prince de Ile de I%¼(4). Ce Baàtiment ne nous eut pasplutêôt appergus, qu'il fit voile vers nous. L'Ambaſſadeur nous

1 2

(a) A trente-ſix degrés du Nord. Le té. mieères géographiques de l'Auteur, nous obli-moignage que les critiques omt rendu aux lu- ge de remarquer toutes ces poſitions.