Band 
Tome douzième.
Seite
380
JPEG-Download
 

MENDEZPINTO.Hardieſſe

avec laquelle

Similau fait

Portugais.

Il entre dansla Riviére.

Commentil ſe procuredes vivres.

Impatiencede Faria.

Il veut tuerſon Pilote,qui prend leparti de l'a-bandonner.

380 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

mes un conſeil dont nous ſentames'importance; tandis qu'avec les Mate-

lots de ſa Nation, il ſe tenoit prêet à donner les explications qu'on pourroitlui demander. II propoſa auffi de gouverner par le milieu de'Anſe, plu-tôt que de ſuivre les Cõtes, où nous découvrions un grand nombre de Lan-tées. On ſe conforma pendant ſix jours à ſes intentions. Le ſeptieme,nous découvrimes devant nous une grande Ville, nommée Sileupamor,dont nous devions traverſer le Havre pour entrer dans la Riviére. Simi-lau, nous ayant recommandé plus que jamais de Hfous tenir couverts, yjetta ancre à deux heures aprées minuit. Vers la pointe du jour, il en ſor-tit paiſiblement, au travers d'un nombre infini de Vaiſſeaux, qui nous laiſ-ſérent paſſer ſans défiance;& traverſant la Rivière, qui n avoit plus queſix ou ſept lieues de largeur, nous cümes la võe d'une grande plaine, quenous ne ceſſames point de cêôtoyer juſqu'au ſoir.

CEPENDANT les vivres commengçoient à nous manquer;& Similau, quiparoiſſoit quelquefois effrayé de ſa propre hardieſſe, ne jugeoit point à pro-pos d'aborder au hazard, pour renouveller nos proviſions. Nous fuùmes ré-duits, pendant treize jours, à trois bouchées de riz cuit dans leau, quinous étoient meſurées avec une extreme rigueur. L'éloignement de noseſpérances, qui paroiſſoient reculer de jour en jour,& le tourment de lafaim, nous auroient portés à quelque réſolution violente, ſi notre fureurmeut été combattue par d'autres craintes. Le Corſaire, qui les remarquoitdans nos yeux, nous fit débarquer, pendant les ténebres, près de quelquesvieux édifices, qui ſe nommoient Tanamadel,& nous confeilla de fondreſur une maiſon qui lui parut éloignée des autres. Nous y trouvàmes beau-coup de riz& de petites feves, de grands pots pleins de miel, des oyesſalées, des oignons, des aulx& des cannes de ſucre, dont nous fimes uneabondante proviſion. Gétoit le magaſin d'un hõpital voiſin,& ce religieuxdéepôt m'étoit défendu que par la piété publiquc. Quelques Chinois nousapprirent, dans la ſuite, qu'il étoit deſtiné à la ſubſiſtance des Pelerins quivifitoient les tombeaux de leurs Rois: mais ce m'eſt pas à ce titre que nousrendimes graces au Ciel de nous y avoir conduits.

UN ſecours, qu'il ſembloit nous avoir menagé dans ſa bonté, rEtablitun peu le calme& l'eſpoir ſur les deux Vaiſſeaux. Nous continuàmes en-core d'avancer pendant ſept jours. Quelle différence néanmoins entre leterme que Similau nous avoit fixé,& cèêtte prolongation qui ne finiſſoit pas;La patience de Faria n'avoit pas el peu de force pour ſoutenir la nõôtre.Mais il commengoit lui-mêeme à ſe défier de tant de longueurs& dSh'incerti-tudes. Quoique ſon courage Feut diſpoſé à tous les événemens, il confeſ-ſa publiquement qu'il regrétoit d'avoir entrepris le Voyage. Son chagrincroiffant d'autant plus qu'il sefforgoit de le cacher, un jour qu- il avoit de-mandée au Corfaire dans quel lieu il croyoit etre, il en regut une reponſe ſimal congue, qu'il le ſoupgonna d'avoir perdu le jugement, ou dignorerje chemin dans lequel il nous avoit engagés. Cette idée le rendit furieux.II Pauroit tué, d'un poignard qu'il avoir toüjours à fa ceinture, ſi quelquesamis communs n'euſſent arrété ſon bras, en lui repréſentant que la mort dece malheureux afſuroit nôtre ruine. Il modéra ſa coleére; mais elle fut en-

core