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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, L.Iv. II. 381

core afſez vive pour le faire jurer ſur ſa barbe(h), que ſi dans trois joursje Corſaire ne levoit tous ſes doutes, il le poignarderoit de ſa propre main.Cette menace cauſa tant de frayeur à Similau, que la nuit ſuivante, tandisqu'on s'étoit approché de la terre, il ſe laiſſa couler du Vaiſſeau dans la Ri-viere;& ſon adreſſe lui ayant fait éviter la vüe des ſentinelles, on ne s'ap-pergut de ſon évaſion qu'en renouvellant la garde(i).

U ſi cruel événement mit Faria comme hors de lui-méême. II s'en fal-lut peu que les deux ſentinelles ne payaſſent leur négligence de leur vie.A P'inſtant, il deſcendit au rivage avec la plus grande partie des Portugais;& toute la nuit fut employée à chercher Similau. Mais il nous fut impofſi-ble de découvrir fes traces:& nôtre embarras devint encore plus affreux,lorſqu'étant retournés à bord, nous trouvàmes que de quarante-ſix Mate-lots Chinois, qui étoient ſur les deux Vaiſſeaux, trente-quatre avoient prisla fuite, pour ſe derober apparemment aux malheurs dont ils nous cro-yoient menaceés. Nous tombàmes dans un étonnement qui nous fit leverles mains& les yeux au Ciel, ſans avoir la force de prononcer un ſeul mot.Cependant, comme il étoit queſtion de délibérer ſur une ſituation ſi terri-ble, on tint conſeil; mais avec une variété de ſentimens, qui retarda long-tems la concluſion. Enfin, nous réſolümes, à la pluralité des voix, de nepas abandonner un deſſein pour lequel nous avions déja bravé tant de dan-

ers. Mais, confultant auſſi la prudence, nous penſàames à nous ſaiſir dequelque Habitant du Pays, de qui nous puſſions ſqavoir ce qui nous reſtoitde chemin juſqu'à PIfle de Calempluy. Si nos informations nous appre-noient qu'il füt auſſi facile de lattaquer que Similau nous en avoit flattés,nous promimes au Ciel d'achever nôtre entrepriſe: ou, ſi les difficultés nousparoifſoient invincibles, nous devions nous abandonner au fil de l'eau,qui ne pouvoit nous conduire qu'à la Mer, où ſon cours la portoit na-turellement.

LaANCRE fut leyée néanmoins avec beaucoup de crainte& de confu-ſion,& la diminution de nos Matelots ne nous permit pas d'avancer beau-coup, le jour ſuivant. Mais ayant mouillé le ſoir aſſez près de la rive, ondécouvrit, à la fin de la premiére garde, une Barque à l'ancre, au milieude la Riviére. Nous nous en approchaâmes avec de juſtes précautions,&nous y primes cinq hommes, que nous trouvàmes endormis. Faria les in-terrogea ſéparément, pour s'aſſfurer de leur bonne-foi par la conformité deleurs réponſes. IIs s'accordêrent à lui dire que le Pays où nous étions ſenommoit Temquilem,& que PIſle de Calempluy n'étoit Sloignée que de dixlieues. On leur fit d'autres queſtions, auxquelles ils ne répondirent pasmoins fidélement. Faria les retint priſonniers, pour le fervice des ra-mes. Mais la ſatisfaction qu'il regut de leurs éclatrciſſemens ne l'empe-cha pas de regréter Similau, ſans lequel il n'eſpéroit plus de recueillirtout le fruit qu'il s'étoit promis d'une ſi grande entrepriſe. Deux joursaprès, nous doublàmes une pointe de terre, nommée Quinai Taraon, a-

preès

(b) Serment fort en uſage alors. Voyez celui de Caſtro, au premier Tome de ce Recueil.(i) Pag. 339& précédentes.

Bb b 3

Embarrasde Faria&des Portugais.

Eclairciſſe-mens qu'ilsreçoivent.