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Tome douzième.
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Arrivée de

Faria dans

l'’Ifle de Ca-

lempluy. Si-

tuation de

cette Ifle.

Faria enfait le tour.Ses obſerva-tions.

Il deſcenddans l'Iſle.

VOYAGES DE MENDEZ PINTO

près laquelle nous découvrimes enfin cette Ile, que nous cherchions de-puis quatre-vingt trois jours,& qui nous avoit paru fuir ſans ceſſe devantnous(½)

CEsr une belle plaine, ſituée à deux lieues de cette pointe, au milieud'une Riviere. Nous jugeàmes qu'elle n'avoit pas plus d'une lieue de cir-cuit. La joye que nous reſſentimes à cette vüe, füút melée d'une juſtecrainte, en conſidérant à quels périls nous allions nous expoſer ſans lesavoir reconnus. Vers trois heures de nuit, Faria fit jetter lancre aſſezprès de 1'Ile. II y régnoit un profond ſilence. Cependant comme il n'é-toit pas vraiſemblable qu'un lieu, tel que Similau nous l'avoit repréſenté,fut ſans défenſe& ſans garde, on réfolut d'attendre la lumière, pour enfaire le tour& pour juger des obſtacles. A la pointe du jour, nous nousapprochàmes fort près de la terre;& commengant à tourner, nous obſer-vames ſoigneuſement tout ce qui ſe préſentoit à nos yeux. L Ifle étoitenvironnée d'un mur de marbre, d'environ douze pieds de hauteur, donttoutes les pierres étoient jointes avec tant d'art, qu'elles paroiſſoient d'uneſeule piéce. Il avoit douze autres pieds, depuis le fond de la Riviére juſ-qu'à fleur d'eau. Autour du ſommet régnoit un gros cordon en ſaillie, quijoint à épaiſſeur du mur, formoit une galerie aſfez large. Elle étoit bor-dée d'une baluſtrade de laiton, qui de fix en ſix braſſes ſe joignoit à descolonnes du même métal, ſur chacune deſquelles on voyoit une figure defemme, avec une boule à la main. Le dedans de la galerie offroit unechaine de monſtres, ou de figures monſtrueuſes de fonte, qui ſe tenantpar la main, ſembloient former une danſe autour de PIfle. Entre ce rangd'idoles, s'élevoit un autre rang d'arcades, ouvrage ſomptueux& compo-ſé de piéces de diverſes couleurs. Les ouvertures laiſſant un paſſage li-bre à la vüe; on découvroit, dans v'intérieur de l'Ille, un bois d'orangers,au milieu duquel étoient bàtis trois cens ſoixante Hermitages, dédiés auxDieux de lannée. Un peu plus loin à PEſt, fur une petite élévation,la feule qui füt dans PIfle, on voyoit pluſieurs grands édifices ſéparés lesuns des autres,& ſept fagades de maiſons aſſez femblables à celles de nosEgliſes. Tous ces btiméens, qui paroiſſoient dorés, avoient des tours forthautes, que nous prä3mes pour autant de clochers. IIs étoient entourés dedeux grandes rues, dont les maiſons avoient aufſi beaucoup d'éclat. Unſpectacle ſi magnifique nous fit prendre une haute idée de cet établiſſement& des tréſors qui devoient étre renfermés dans un lieu dont les murs é-toient ſi riches(1).

Novs avions reconnu, avec le même ſoin, les avenues& les entrées.Pendant une partie du jour, que nous avions donnée à ces obſervations,il ne s'Stoit préſenté perſonne dont la rencontre et puü nous allarmer.Nous commengàmes à nous perſuader ce que nous avions eũ peine à croire,ſur le témoignage de Similau& de nos Priſonniers Chinois; c'eſt-à- dire,que IIſle n'etoit habitée que par des Bonzes,& qu'elle mavoit pour défen-ſe que l'opinion établie de ſa ſainteté. Quoique l'après- midi fqt aſſez avan-cé, Faria prit la réſolution de deſcendre par une des huit avenues que nous

avions

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(&) Pag. 342& précédentes.(1) Pag. 343& 344.