Band 
Tome douzième.
Seite
396
JPEG-Download
 

MENDEZPINToO.

Hiſtoire decette Chré-tienne,& deTomé Pirez.

Service que'Auteur& ſesCompagnonsrendent auxChrétiens deSempitay.

8

Informa-tions de l!'Au-teur ſur l’'ori-gine de l'Em-pire Chinois& de la gran.de muraille.

396 VOXAGES DE MENDEZ PINTO

LX, nous ayant traités avec beaucoup d'affection, elle nous montra unOratoire, dont les ornemens étoient une croix de bois doré, quelques chan-deliers,& une lampe d'argent. Elle nous dit que ſon nom étoit Inez deLeyria,& que ſon pêère avoit accompagné Tomé Pirez(k), qui étoit venude Lisbonne à la Chine, avec la qualité d'Ambaſſadeur du Roi de Portugal.Quelques mouvemens ſuſpects, que les Portugais avoient fait ſur la Côte,ayant fait prendre Pirez pour un Eſpion, il avoit été traité avec beaucoupde rigueur. Cinq de ſes gens avoient ſouffert une cruelle queſtion, qui leuravoit fait perdre la vie dans les tourmens. II ne reſtoit de cette malheureuſeAmbaſſade qu'un ſeul Portugais, nommé Vaſco Calwwo, qui s'étoit établi dansune autre Ville de la Chine. De Leyria, ſon pêre, ayant été banni à Sempi-tay, s'y étoit marié avec une Chinoiſe qui lui avoit donné quelque bien,&dont il avoit fait une Chrétienne. Dans P'eſpace de vingt- ſept ans, pen-dant leſquels ils avoient mené enſemble une vie tranquille, ils avoient Son-verti à la Foi quantité de Payens, dont le nombre montoit encore à plus detrois cens, qui s'aſſembloient le Dimanche dans ſa maiſon, pour y faireleurs priéres& baiſer la croix.

ELrLE ajoüta que ſon pêre lui avoit laiſſé par écrit pluſieurs Oraiſons enPortugais, que les Chinois lui avoient dérobées;& que de'Oraiſon Do-minicale, il n'étoit reſté dans ſa mémoire que les cinq ou ſix mots qu'elleavoit prononcés. Chriſtophe Borralho ſe fit un devoir d'cerire les princi-pales priéères du Chriſtianiſme,& d'y joindre les Commandemens de Dieu.Il en forma un petit Livre, pour Fufage de cette Egliſe;& pendant leſéjour que les Portugais firent à Sempitay; tous les Chrétiens de la Villes'aſſemblerent ſept fois chez Inez de Leyria, pour y recevoir leurs inſtruc-tions. IIs leur firent une aumône conſidérable, à laquelle Inez joignit d'au-tres préſens;& ce ſecours, que la Providence leur avoit ménagé, ſervitdans la fuite à les garantir d'un grand nombre de maux(1).

Dr Sempitay, ils deſcendirent à Lequinpau, Ville célébre par une mined'argent qui n'en eſt qu'à cinq lieues(m), où plus de mille hommes ſontemployés continuellement. Le lendemain, ils arrivèrent par la Rivièreentre deux petites Villes, nommées Pacano& Nacau, qui occupent lesdeux rives. Ici PAuteur eut occäſion de s'informer de Torigine& dela fondation de l'Empire Chinois, qu'il rapporte fidélement, dit-il, ſurle témoignage de la premieère des quatre-vingt Chroniques de la Chi-ne(n). 8

1 LAv-

(k) Voyez[Hiſtoire de Pirez, au pre-mier Tome de ce Recueil. C'eſt ce rapportqui rend le récit de Pinto très-intéreſfant.

(1) Pag. 420& précédentes.

(m) La montagne ouù étoit cette mine, ſenommoit Tuxenguim. R. d. E.

(n) IIl raconte''hiſtoire d'une Princeſſenommée Nanca, qui ſortit par diverſes avan-tures, avec trois Princes ſes enfans, ſixcens trente-neuf ans après le déluge, d'unPays qu'il nomme Guantipocau, ſitué, dit- il,

autant qu’'on en peut juger, par fa hauteurdu climat, qui eſt ſoixante-deux degrés duNord, derriere nôtre Allemagne. Le filsainé de cette Princeſſe fonga Pequin. Ellejetta elle méme les fondemens de Nanquin,& lui donna ſon nom. Mais ſans entrepren-

dre de ſuivre Pinto dans fes rechercheshiſtoriques, on croit devoir rapporter d'a-près lui l'origine de la grande muraille quidiviſe la Chine& la Tartarie, telle qu'i!pretend l'avoir tirée du cinquieme Livre 82

u-