AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 397
LUAuTEUR continue de raconter ce qui frappa ſa curioſité juſqu'à Pekin.Autant qu'on croit devoir d'admiration à ſon récit, parcequ'’il étalle en ef-
Ouvrage Chinois, qui traite de la ſituationde tous les lieux remarquables de l'Empire.On laiſſe au Lecteur le ſoin de comparercet article avec l'opinion des Miſſionnairesſur le méême monument. Voyez ci-devant lesTomes VII.& VIII.
„ On lit dans ce cinquidme Livre, qu'un„ Empereur, nommé Criſnagol Dicotay, qui,„ ſuivant la ſupputation de l'Auteur& la„ manière de compter du Pays, règnoit en„ l’année du Seigneur cinq cens vingt-huit,„ eut une guerre avec le Tartare pour quel-„ que différend ſur l'état de Xenvxinapau, qui„ ſfe borne au Royaume de Laubos,& le„ défit dans une bataille. Le Tartare raf-„ ſembla de nouvelles forces, par le moyen„ d'une ligue& de diverſes alliances,&„ s'en vint fondre, huit ans apréès, ſur la„ Chine, on il prit trente-deux Villes con-„ ſidérables, dont la principale fut celle de„ Panquilor. Alors la crainte porta l'Empe-reur Chinois à conclure un Traité, par
8 lequel il ſe déſiſta des droits conteſtés,&„ paya deux mille Picos à l'Ennemi, pour.„ la paye des Etrangers qui compoſoient„une partie de ſon Armée. L. a paix con-„ tinua cinquante-deux ans, dont l'Empe-„reur qui régnoit alors à la Chine ſut pro-„ fiter pour la ſüreté de ſes Etats. Il ré-„ ſolut de faire une barriére, en forme de„ muraille, qui püt ſervir de frontiére aux„ deux Empires. Ses Etats généraux, aux-„ quels il déclara ſon deſſein, lui donné-„ rent dix mille picos d'argent, qui valent„ à nôtre compte, qufhze millions d'or, à„ raiſon de quinze cens ducats chaque pico;„ joint qu'outre celà ils lui entretenoient„ deux cens cinquante mille hommes pour„y travailler, dont il y en avoit trente„ mille députés comme Officiers,& les au-„ tres tous gens de ſervice. Aprées qu’'on„ eut donc mis ordre à tout ce qui étoit„ néceſfaire pour un ſi prodigieux chef-„ d'œuvre, on commença d'*y mettre la„ main; ſi bien qu'au rapport de ¾Hittoi-„ re, en vingt-ſept ans on acheva, d'un„ bout à l'autre, toute cette grande murail-„ le, laqueile, s'il en faut croire cette mêè-„ me Chronique, a de longueur ſeptante„ Jaos, c'eft-à-dire, trois cens quinze
„ lieues, à raiſon de quatre lieues& demi
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par Jao. En quoi ce qu'il y eut d'émer-veillable,& qui ſemble exceder la croyan-ce des hommes, fut, qge ſept cens cin-quante mille hommes travaillèrent ſansceſſfe à ce grand ouvrage, dont le Peu-ple, comme j'ai déja dit, fournit la troi-ſieme partie, les Prétres& les Ifles d'Ai-nan un ſecond tiers,& l'Empereur, aſ-ſiſté des Princes& des Seigneurs du Ro-yaume, tout le reſte. Jai vü quelquefois& meſuré cette muraille, qui a ſix braſſesde hauteur,& quarante palmes de lar-geur dans le plus épais. Elle a, par lebas, un talon en forme de terre- plain,baàti à chaux& à ſable,& enduit par ledehors d'une manière de bitume; ce quiĩle rend ſi fort que nuls canons ne pour-roient le démolir. Au lieu de tours&de boulevards, elle a des guérites dedeux étages, flanquées ſur des arcbou-tans de charpenterie, d'un certain boisnoir qu'ils appellent Caubeſt, c'eſt-à-dire,Bois de fer, parcequ’'il eſl extrémementfort; joint que chaque Etangon eſt de lagroſſeur d'une pipe,& três- haut, telle-ment que ces guérites ſont beaucoupplus fortes qu'elles ne ſeroient de pierre& de chaux. Or cette muraille, qu'ilsappellent Cbaufacam, c'eſt à-dire, forteréſiſtance, s'étend en hauteur égale juũ-qu’à des montagnes qu'elle va joindre,qui, pour ſervir elles- mémes de murail-le, ſont eſcarpées à pointe de pic; ce quirend toute cette grande machine plur for.te que la muraille même. II eſt à remar-quer que dans toute cette longueur detrois cens quinze lieues, il n'y à pas da-vantage que cinq entrées, par où palſ-ſent les Rivières de Tartarie formées desimpétusux torrens qui deſcendent de cesmontagnes,& qui faiſant plus de cinqcens lieues dans le Pays, ſe vont rendredans les Mers de la Chine& de la Co-chinchine. Or en toutes ces avenues,'Empereur de la Chine tient une garni-ſon,& celui de Tartarie une autre(1 d.en chacune deſquelles le Chinois entre-tient ſept mille hommes,& leur donneune grande paye, dont il y a ſix millehommes de cheval,& les autres ſontgens de pied. La plüpart de ces hom-
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(1) H faut faire attention que le récit de Pinto a précedé la Conquète des Tantares.
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MENDEZPINTo.Obſerva-
tion ſur le ré-cit de Pinto.