AUXINDES ORIENTALES, Lrv. II. 399
la moitié de la joue. Le bleſſé prit une hallebarde, avec laquelle il pergale bras de ſon adverſaire. Les autres, prenant parti ſuivant leur affection,dans un fi ridicule démêlé, en vinrent aux mains à leur tour;& de neuf,ſept furent dangereuſement bleſſées. Ce combat ne manqua point d'attirerun grand nombre de Spectateurs, entre leſquels le Prince Tartare accou-rut lui-même. Il fit ſaiſir tous les Portugais;& leur ayant fait donner ſurle champ trente coups de fouet, qui furent plus ſanglans que toutes leursbleſſures, il ordonna qu'ils fuſſent enfermés dans un cachot ſouterrain, oùils demeurêèrent charges de chaines, Peſpace de quarante-ſix jours. Rienne leur fut plus ſenfible que les reproches qu'on leur fit eſſuyer. On leurrépétoit continuellement,„ qu'ils étoient ſans crainte& ſans connoiſ-„ ſance du Ciel; pires que des bêtes féroces;& ſans doute d'un Pays&„ d'une Nation barbares, puiſqu'avec un même langage& les mêemes uſa-„ ges, ils avoient été capables de ſe bleſſer& de s'entre-tuer ſans raiſon:„ qu'ils méritoient d'etre bannis du commerce des hommes, comme les„ plus dangereux ſerpens;& qu'ils devoient s'attendre d'êétre confinés„ dans les mines de Chabaquai, de Sumbor ou de Lamau, lieux faits pour„ des monſtres de leur eſpece,& dans leſquels ils auroient le plaiſir„ dheurler avec les animaux, qui n'étoient pas plus farouches& plus vils„ qu'eux
Irs parurent enſunite devant un Tribunal fort majeſtueux, qui leur fitdonner encore trente coups de fouet, mais qui les renvoya dans une pri-ſon plus douce, ouù ils paſſèrent deux mois entiers. Enfin, dans une Féetepublique, où Puſage du Pays eſt de faire beaucoup d'aumones pour lesMorts, le Prince fe ſouvint d'eux avec quelques ſentimens de pitié. IIleur fit grace de la vie, en faveur de leur miſere& de leur qualité d E-trangers; mais ce ne fut que pour être conduits dans une forge de fer,&pour y etre employes aux ouvrages les plus pénibles. IIs y paſſérent ſixmois, nuds& preſque ſans nourriture. Une maladie dont ils furent tousattaqués,& dont on craignit la contagion, leur fit obtenir la liberté deſortir pour ſe faire traiter,& celle de mendier les néceſſités de la vie juſ-qu'à leur guériſon. Dans cette extrémité, ils promirent entr'eux, par unſerment ſolemnel, de vivre en bonne intelligence,& de reconnottre pourleur Chef un des neuf, qui ſeroit choiſi chaque mois par les huit autres,avec le pouvoir de réègler leur conduite. Cet ordre ſe ſontint conſtam-ment,& ſervit beaucoup à foulager leur miſére. Ce choix étant tombéſur Chriſtophe Borralho, ſa prudence lui fit diftribuer les offices qui ſe rap-portoient au bien commun. Deuvx furent chargés de mendier dans la Vil-le. Deux autres d'aller à eau;& d'appréeter les alimens. Le reſte de-voit semployer à couper du bois dans une foréet voiſine, non-ſeulementpour Fuſage domeſtique, mais pour tirer quelque profit de ce qu'on pour-roit vendre.
PINTo, qui étoit de ce dernier nombre, revenoit un jour du lieu dutravail avec ſon fardeau ſur le dos. Il rencontra un vieillard, véêtu d'unerobe de damas noir, doublée d'une fourrure blanche. Cet air de propretélui parut ſuſpect, dans un homme ſans ſuite,& dans un chemin détourné;ſur- tout lorſque Inconnu ſe retirant un peu à yécart, reut appellé d'un ſigne
de
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MENDEZPINro.
Reprochesinjurieuxqu'ils eſſu-yent.
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Leurption.
Ordre qu’'ilsmettent en-tr'eux.
Rencontrequi effrayePinto.