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Tome douzième.
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MERNRDEZPINToO.

II trouveVaſco Calvo.

CommentVaſco Calvotraite les neufPortugais.

4⁰⁰0 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

de main. II le prit pour un voleur, qui n'étoit pas ſans quelques aſſociés dela mêeme profeſſion,& qui vouloit lui êter ſa charge de bois. Dans cetteidée, il prit le parti de jetter ſon fardeau à terre;& tenant en main le baà-ton ſur lequel il sappuyoit, il marcha lentement vers le vieillard, qui ſemit alors à marcher lui-même pour Tattirer à ſa ſuite. Pinto, ſurpris dece ſpectacle, ſe confirma dans J'opinion que c'Eétoit quelque voleur,& pritle parti de retourner ſur ſes traces, pour gagner promptement le grand che-min qui conduiſoit à la Ville. Mais cet homme, jugeant de ſon intention,ſe mit auſſi-tôt à crier. Pinto tourna la téte,& remarqua que s'tant jettéà genoux, il lui montroit de loin une petite croix d'argent, avec des geſtesſoümis, par leſquels il ſembloit implorer ſa pitié.

ArLoRs ne balangant point à le joindre, quoiqu'il continuât de le prendrepour un Chinois, il fut extrémement ſurpris de lui entendre dire, avec au-tant de larmes que de ſanglots,„ Benie foit la miſéricorde du Ciel, qui m'a„ fait la grace, apreées un ſi long exil, de voir un Chrétien, un homme qui„ fait profeſſion de la Loi de mon Dieu crucifié. Je te conjure, lui répon-„dit Pinto dans ſa premiêère ſfurpriſe, au nom de nôtre Seigneur Jeſus-„ Chriſt, de me dire promptement qui tu es. Mon frére, repliqua l'au-„ tre, je ſuis un pauvre Chrétien, Portugais de Nation,& je me nomme„ Vaſco Calvo, frére de Diego Calvo, qui fut autrefois Capitaine du Navi-„ re de Dom Nuno Manuel. Je ſuis natif d Alcochete; tombé ici dans l'eſ-„clavage, il y a vingt-ſept ans, avec Tomé Pirez, qui avoit été envoyé„dans ce Pays pour Ambaſſadeur,& qui périt miſérablement par impru-„ dence d'un Capitaine Portugais(0)*.

PINTo reconnoiſſant alors le meme Vaſco Calvo, dont Inez de Leyrialui avoit raconté P'infortune à Sempitay, l'embraſſa comme un frère,&verſa long-tems des larmes avec lui. IIs ſe racontèrent mutuellement leursmalheurs. Tout le reſte du jour fut employé à ce récit. Vers le ſoir,ayant repris le chemin de la Ville, Calvo montra ſa demeure à Pinto(p),& le préeſſa de lui amener ſur le champ tous ſes Compagnons. IIl ſe hâtade leur porter une ſi douce nouvelle;& les ayant trouvés dans le miſérablelogement qu'ils occupoient, ils ſe rendirent enſemble dans une maiſon fortcommode, où ils furent regus avec des tranſports de joye. Vaſco, quiconnoiſſoit leur miſère, avoit déja faib couvrir une table. Il commenga

ar leur préſenter ſa femme,& quatre enfans qu'il avoit d'elle. Enſuiteils pafférent à table une partie de la nuit. Cette Dame, qui étoit Chinoi-ſe, mais Chrétienne, quoique la crainte lui fit déguiſer ſa Religion aux yeuxdu Public, leur ouvrit, aprés le ſouper, un Oratoire ſecret, qui contenoit unpetit autel, avec une croix d'argent, une lampe& deux chandeliers. Là,s'étant mis à genoux avec ſes quatre enfans, elle prononga quelques prièeresfort touchantes en langue Portugaiſe. Toute l'aſſemblée y joignit les ſien-nes, avec la mêeme ferveur;& Auteur peint cette tendre ſcene, comme

le plus grand bonheur qu'il eut goũté depuis long- tems(4). 8-

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(b

) Pag. 551& précédentes. Calvo l'avoit reconnu pour un Portugais.) LAuteur nfexplique pas comment() Pag. 554& précédentes.