AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II.
LàA généroſité de Calvo, qui joursſſoit d'une fortune honnête, fit trouveraux neuf Portugais, beaucoup moins de rigueur dans leur eſclavage. IIs 6-toient, à Quanſy, depuis plus de huit mois,„ lorſqu'un Mercredi, troiſié-„ me jour de Juillet 1544, un peu après minuit, il ſe répandit dans la Vil-„le un bruit& des mouvemens ſi terribles, qu'on auroit crü le Monde au„ dernier moment de ſa ruine“
LEs Portugais, n’'oſant prendre confiance à perſonne, ſe rendirentchez Vaſco Calvo, pour lui demander la cauſe de ce tumulte; mais ils nele trouvérent pas plus tranquille que les autres Habitans. II leur apprit, lalarme à l'œil, qu'on étoit informé, par des voyes certaines, que le Kham deTartarie venoit fondre ſur Pekin, avec la plus nombreuſe Armée qu'on eũtjamais vüe depuis que les hommes sentre-déchirent par des guerres(r);& qu'un détachement de ſoixante-dix mille chevaux étoit déja venu ſe poſ-ter dans la forêèt de Malincataran, éloignée de Quanſy d'environ deux lieues,ſous la conduite d'un Général Tartare, nommé Nauticor, dont le deſſein ap-paremment étoit d'attaquer la Ville, où l'on pouvoit arriver dans l'eſpacede deux ou trois heures.
CErTrI nouvelle jetta les Portugais dans un trouble, qui leur fit oubliercombien de fois ils avoient deſiré la mort, comme le plus heureux terme deleur miſere. IIs conſultéerent Calvo, ſur les moyens de fauver leur vie.Mais l'embarras ou il étoit pour lui-même& pour ſa famille, Leur fit com-prendre qu'ils ne pouvoient l'importuner de bonne grace. II les aſſura queles murs de la Ville étant déja bordés de troupes,& les portes ſoigneu-ſement gardées, il avoit tente inutilement d'en ſortir. Le tumulte ne fitqu'augmenter pendant le reſte de la nuit. Au lever du Soleil, les Ennemisſe firent voir avec une contenance effroyable. IIs étoient diviſés en ſeizeEſcadrons; leurs drapeaux écartelés de verd& de blanc, qui ſont les cou-leurs du Kham de Tartarie(7⸗). Dans cet ordre, ils s approchèrent des mu-railles, en pouſſant des cris affreux; ils dreſſérent plus de deux mille échel-les, qu'ils avoient apportées;& montant de toutes parts avec autant de lé-gereté que de courage, ils commencéèrent un aſſaut ſi terrible, que toute laréſiſtance des Aſſiégés ne put les arreter long-tems. Les portes furent en-
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„vingt mille rhinoceros, qui tiroient les„ chariots du bagage. Quant aux douze
(*) lci, ceux qui trouveront peu de vrai-ſemblance dans le réecit de Pinto, doiventconſiderer qu'il parle ſur le téemoignage de„ cens mille hommes de pisd, on les tenoltCalvo,& Calvo ſur le bruit commun. Ce.„ arrivés par Mer en dix-ſept mille Vaiſſeaux,pendant ces prodigieuſes Armées ne ſont pas„ Laulées& Fangas, à val la Rivière de Ba-
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fans exemple, en Tartarie, où l'on ſait queles Hordes entiéres marchent à l'ordre desSouverains. Voyez ci-deſſüus les Conquêtesde Fenghbiz Lbam, au Tom. IX. D'ailleurs Pin-to confeſſe que depuis Adam on n'avoit pasvu d Armee ſemblable.„ II y avoit, dit il,„ vingt-ſept Rois, qui tous enſemble me-„noient dix huit cens mille hommes, dont„ ſix cens mille étoient de cheval, venus par„ terre de Langame, de Famſtir,& de Me-„cuy, d'où ils étoient partis avec quatre-
XIV. Part.
tampina; à cauſe de quoi l'Empereur de„ la Chine, ſe ſentant trop foible pour de ſi„ grandes forces, s'étoit réfugié avec peu„de gens dans la Ville de Nanquin. Pag.555. Ce grand nombre de rhinoceros& lesdix-ſept mille Vaiſſeaux font une autre diffi-
culté. Mais le fond de l'expédition eſt vé-rifié par d'autres témoignages. Voyez leTom. IX.
(r) Pag. 557.
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caufée par lesTartares.
La Ville deQuanſy eſtſaccagẽe.