MENDEZPINToO.
I. Auteur de-vient Eſclavedes Tartares.
Evénementqui met lesPortugais enfaveur.
GeorgesMendez pro-met de pren-dre le Chaà-teau de Ni-riamco.
4⁰²³ VOYAGES DE MENDEZ PINTO
foncées,& toute la Ville fut bien-tôt remplie de ces Barbares, qui firentmain baſſe ſur les Habitans, ſans diſtinction d'àge ni de ſexe. Le maſſa-cre dura ſept jours; aprées leſquels s'étant contentés d'enlever Vor& ar-gent des Maiſons& des Temples, ils acheverent de les détruire par lefeu(t).
LAuTEUR n'explique pas nettement par quel bonheur il évita la mort.Mais étant tombé au pouvoir du Vainqueur avec ſes huit Compagnons, illaiſſe entendre que la qualité d'Etrangers fit reſpecter leur vie, tandis queCalvo& ſa famille furent enſevelis apparemment dans les ruines de Quan-ſy. Les Tartares ſe mirent en marche vers Pekin. Deux jours aprés, s'é-tant ſouvenus, à la vüe d'un Chateau nommé Nixiamco, qu'un de leurs par-tis y avoit été taillé en pieces, dans une embuſcade des Chinois, ils réſo-lurent de Pemporter par eſcalade. On commanda un détachement pourcette expédition,& toutes les meſures furent priſes avec beaucouꝑ de ſa-geſſe. Cependant les Chinois fe defendirent ſi courageuſement, qu'aprèsavoir tué trois mille Tartares dans eſpace de deux heures, ils forcèrentleur Général de faire ſonner la retraite. Cette diſgrace lui cauſa d' autantplus de chagrin, que les fléches Chinoiſes étoient empoiſonnées, d'un ſucfort ſubtil, qui rendoit la guériſon des bleſfés preſqu'impoſſible; fans comp-ter qu'il craignoit la diſgrace du Kham, pour avoir facrifié ſes meilleurestroupes dans une ſi légere occaſion. II penſoit à renouveller Taſſaut, dansna réfolution de laver fa honte ou d'ypérir lui-même; mais il s'éleva un mur-mure dans le Camp;& les plus braves refuſerent de marcher ſans une déli-bération générale du Conſeil. Nauticor(v) ne fut pas faché de cette ou-verture, qui pouvoit ſervir à le décharger du ſuccès. On saſſembla. L af-faire fut diſcutée avec une grande variété d'opinions. Pendant qu'on s'a-gitoit, un Officier de confidération, qui avoit la garde des Priſonmniers,entendant raifonner les Portugais fur Fentrepriſe qui occupoit toute F'Ar-mée, leur demanda ſi on faifit la guerre dans leur Pays,& s ils avoientde Pinclination pour les armes. Un d'entr'eux, nommé Georges Mendez,rẽpondit avec affez de vérité, que toute leur vie s'étoit paſſée dans les com-bats,& que depuis Venfance ils n'avoient pas eu d' autre exercice.„ Si„ dans une ſi longue expérience, reprit le Tartare, vous aviez appris quel-„ que moyen de prendre le Chaàteau, il n'y a point de faveurs que vous ne„ puifſiez attendre du Général“. Alors Georges Mendez, ſans conſidérerà quoi fa préſomption pouvoit Pexpoſer, afſura fort hardiment, que ſi Nau-ticor vouſoit sengager au nom du Kham, par un écrit ſigné de ſa main, àle faire conduire, avec ſes Compagnons, dans PIle d. Aynan, pour retour-ner de-à dans leur Pays, il ſe croyoit capable de lui faire aifément ſurmon-ter toutes les difficultés du Sieége. Cette offre fut regue avidement de 1'Of-ficier, qui ſe hata d'en donner avis au Géneral.
Ir eſt tems de remettre dans la bouche de PAuteur la ſuite de ſon récit.Pendant qu'on informoit le Conſeil du diſcours de Mendez, nous demeura-mes ſi furpris de ſon audace, qu'appréhendant déeja la vengeance des Tar-
— ta-
(t) Pag. 558. Pun ou l'autre de ces deux noms é6toit le ti-(*) II fe nommoit auſſi Mitaguer. Mais tre de ſon emploi.