AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 403
tares, nous lui reprochàmes amérement de s'être rendu l'inſtrument de nô-tre perte, par des promeſſes que nous n’'étions pas capables de remplir. IInous réẽpondit avec une confiance qui augmenta nôtre admiration, qu'il ſe-roit bien étonnant que neuf Portugais, exercés en effet depuis long- temsau métier des armes,& qui devoient trouver, dans leur mémoire, le ſou-venir d'une infinité d'exploits de leur Nation, ne fuſſent pas mieux inſtruitsque des Barbares: qu'en joignant nos lumières& nos réffexions, il ſe pro-mettoit que nous leur ouvririons du moins quelque voye qu' ils ignoroient;&que peut-etre nous ſuffiroit-il de paroitre un peu moins grolſiers qu'eux,pour obtenir une conſidération qui pouvoit nous conduire à la liberté. I.ajoũta, pour exciter nétre courage, que dans Pexces de miſère où nous é-tions, nôtre vie ne meritoit d'etre conſervée qu'autant qu'elle pouvoit ſer-vir à nous procurer un meilleur ſort.
Novs commengdâmes à le regarder d'un autre œil;& ſa témérité nousparut une inſpiration du Ciel, qui vouloit peut-etre la rendre utile à nôtredélivrance. Nauticor n'Etant pas ſatisfait du Conſeil, prêta volontiers l'o-reille à Poffre qu'on lui fit de nos ſervices; ſur-tout lorſqu'il eut appris quenous étions d'une Nation dont les conquetes avoient fait du bruit dans lesIndes. II nous fit amener dans ſa tente, chargés de chaines comme nousPétions encore. Les principaux Officiers du Camp étoient autour de lui,quoique la nuit fut tres-avancée. Apreès diverſes queſtions, auxquelles Men-dez répondit avec aſſurance, il nous fit Oter une partie de nos liens;& sin-téreſſant déja pour nòtre conſervation, il nous fit apporter quelques ali-mens, ſur leſquels nous nous jettàmes avec une avidité qui parut le réjouirbeaucoup. Un de ſes Officiers, jaloux peut- etre de lui voir tant de con-fiance pour nôtre ſecours, lui dit, en raillant nötre miſère„ que quand ſa„ bonté ne ſerviroit qu'à nous délivrer de la faim, ce n'étoit pas Pemployer„ inutilement; qu'elle nous empécheroit de mourir de langueur,& qu'elle„ lui vaudroit au moins mille taels, qu'il tireroit de nôtre vente à Langça-„ me(x)%. Cette plaiſanterie, qui fit rire aſſez long-tems les autres, pa-rut peu lui plaire. Il continua de s'entretenir avec Mendez;& ne diſſi-mulant point qu'il étoit ſatisfait de ſes réponſes, il lui promit, non-ſeule-ment la liberté, mais toutes ſortes d'honneurs& de bienfaits, s'il lui faiſoitemporter le Chäteau avec peu de perte. Mendez eut la prudence de lui di-re qu'il ne pouvoit s'expliquer ſans avoir obſervé la Place. Tout le mondeloua ce langage;& ceux qui s'étoient defié de nos offres en prirent unemeilleure opinion. 8
On nous fit paſſer le reſte de la nuit dans une tente voiſine, où nos crain-tes furent auſſi vives que nos eſpérances. Mendez apprenant que le Géné-ral avoit commandé trente hommes, pour l'accompagner dans ſes obſerva-tions, demanda que ſes Compagnons fuſſent du nombre. Cette faveur nousfut accordée, mais ſans armes& toũjours chargés d'une partie de nos chat-nes. Apréès avoir obſervé la ſituation du Chäteau, ſur laquelle nous tenionsconfeil en Portugais, pendant nêôtre marche; nous congümes qu'étant en-vironné d'un foſſé plein d'eau, qui faiſoit ſa principale défenſe,& que les
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Motifs deſa confiance.
Les Portu-gais ſont pré-ſentés au Gé-néral Tartare.
IIs obſer-vent la Place.
Leur réſolution