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Tome douzième.
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MENDEZPINToO.

Comment ilsl'exécutent.

Mendezcauſe de lajalouſie à ſesCompagnons.

Le Chateaueſt forcé.

4⁰⁴ VOYAGES DE MENDEZ PINTO

Tartares avoient tenté inutilement de paſſer, nous pouvions le faire com-bler aiſément de faſcines, dont ils ne connoiſſoient pas l'uſage;& qu'à yai-de de quelques attaques feintes, qu'on formeroit de divers côtés pour divi-ſer les forces de la garniſon, le véritable aſſaut, qui ſe feroit par le paſſa-ge que nous aurions ouvert, ne pouvoit manquer de ſuccès. Cette délibé-ration nous ayant peu coũté, on fut ſurpris de nôtre diligence;& plus en-core, de nous entendre aſſurer à Nauticor, que le Chaäteau ſeroit bien-tõtà lui, avec aufſi peu de travail que de hazard. Il nous fit ôter aufſi-tôt lereſte de nos fers;&, dans le mouvement de ſa reconnoiſſance, il jura qu'enarrivant à Pekin, il nous préſenteroit au Kham, pour nous faire recueillirles plus glorieux fruits de ſes promeſſes.

MENDEz fut regardé à l'inſtant comme un ſecond Général, dont touteFArmée devoit reconnottre les ordres. Il donna un modéle de faſcines, ſurlequel on' ſe hàta d'en faire un prodigieux nombre.[Nauticor étant infor-mé ſeul de nôtre projet(), les Tartares raiſonnoient ſur leur uſage. Lesuns s'imaginoient que nous allions faire, autour du foſſé, un feu immenſe,dont la flamme envelopperoit la Place,& conſumeroit les Aſſiégés. D'au-tres, qui ſentoient l'impoſſibilité de cette entrepriſe, ſe figuroient que nousvoulions élever, ſur les bords du foſſé, un rempart de bois, à la hauteur dumur, pour accabler les ennemis, à cette diſtance, par la multitude des flé-ches& des zagayes. Perſonne ne comprit que des faſcines, dont chacuneſurnageoit ſur l'eau, puſſent former par le nombre, un poids capable deremplir le foſſé, à Paide des traverſes& de la terre qu'on y mêle.] On nedevina pas mieux Puſage des paniers& des hoyaux, que Mendez fit rap-porter des Villages& des Bourgs voiſins, d'où la guerre avoit fait fuir lesHabitans. Tout le jour fut employé à ces préparatifs. Mendez parut ſansceſſe à côté de Nauticor, qui le combloit de faveurs. Nous crüùmes re-marquer, dans ſa contenance, un air de fierté, qui s'Stendoit juſqu'à nous,& que nous ne pümes ſouffrir ſans murmure. Qui fait, diſions-nous, dans

uelles nouvelles diſgraces ſa témérité peut nous engager? Si ſon entrepri-e réüſſit mal, nous devons nous attendre à mourir, par la vengeance desTartares. S'il a le ſuccès que nous deſirons, il jouira de toute la faveur duKham;& noôtre plus grand bonheur ſera peut-etre de nous voir employés àle ſervir(2).

CEPENDANT toutes ſes meſures furent priſes avec tant de ſageſſe, quedès le matin du jour ſuivant,'Arméc fut miſe en ordre de bataille,& divi-ſée en pluſieurs corps, qui s'approchèrent des murs, d'autant de côtés dif-férens. Chaque diviſion devoit feindre de commencer ſon attaque, avecauſſi peu de précaution que celle du premier jour, tandis que le principalcorps, dont Mendez avoit pris le commandement, jetteroit les faſcines,&ſe häateroit de paſſer le foſſé, pour commencer bruſquement'eſcalade. Cet-te opération fut achevée avec tant de diligence, que Tennemi reconnut à

peine(y) Pinto dit au contraire que tous les“des plaiſans raiſonnemens qu'il prete ici-Capitaines ſe concertérent ſur l'ordre qu'il aux Tartares,& que nous renfermons en-

falloit tenir pour l'aſſfaut de la Fortereſſe. tre ces deux crochets. R. d. E.On doit faire honneur à M. Prevoſt. ſeul,(2) Pag. 567.