AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 4⁰5
peine de quel danger il étoit menacé. Mendez fut le premier qui planta Pé-chelle au pied du mur. Nous y montâàmes avec lui(a), dans la réſolutionde périr, ou de ſignaler nôtre valeur. La réſiſtance des Aſſiégés fut d'a-bord aſſez vive: mais Feffroi dont ils furent bien-tõt ſaiſis, à la vüe d'un ſigrand nombre de Tartares, qui ne ceſſoient pas de traverſer le foſſẽ ſur nostraces, leur fit perdre le courage avec l'eſpérance. Nous plantaàmes le pre-mier drapeau ſur la muraille. Nauticor& ſes principaux Officiers, qui nousregardoient de l'autre bord, ſe diſoient entr'eux, avec autant de joye qued'étonnement:„ D'’oùò nous vient ce merveilleux ſecours? Une Armée de„ tels Guerriers ſeroit capable de conquérir la Chine& la Tartarie“. 1
LE découragement des Chinois n'ayant fait qu'échauffer la furie du Vain-queur, on vit preſqu' auſſi-tõt ſur les murs, plus de cinq mille Tartares, quiforcerent'ennemi de ſe retirer;& le carnage devint ſi ſanglant, qu'enmoins d'une demie heure dix mille Chinois, ou Mongols, périrent dans tou-tes les parties du Chateau(b). Nauticor ne perdit que ſix-vingt hommes.On lui ouvrit les portes avec les acclamations de la victoire. II ſe renditſur la place d'armes, accompagné de tous ſes Capitaines. Son premier ſoinfut d'y brũler les Drapeaux Chinois. Enſuite, faifant approcher Mendez,il joignit à Eéloge de ſa conduite& de ſa valeur, un préfent de deux bra-celets d'or. Nous regmes auffi des témoignages de fon eſtime; mais laplus haute marque de conſidération, au jugement des Tartares, fut de nousfaire manger tous à ſa table, dans le Chàteau méme, ſur lequel il voulutremporter cette eſpèce de triomphe. Aprés le feſtin, il ſouilla ſa gloirepar un excès de barbarie. Non-ſeulement il fit mettre le feu à la Place, a-vec quantitéẽ de cérémonies odieuſes; mais ayant fait couper la téete aux Chi-nois morts, il fit arroſer de leur ſang tous les lieux que la flamme avoit ra-vagés. Lorſqu'il fut retourné à ſa tente, il donna mille taels à Mendez.Chacun des autres Portugais en regut cent. Cette inégalité devint un nou-veau fujet de murmures pour ceux qui ſe croyoient au- deſſus de lui par lanaiſſance; quoiqu ils ne puſſent deſavouer que nous lui devions P'honneur&la liberté(.).
NäAuUTICoR leva ſon Camp;& deux jours de marche, pendant leſquelsil répandit la déſolation ſur ſes traces, le firent arriver à deux lieues de Pe-kin. II trouva, ſur le bord d'une Riviére, nommée Pahmxitau, un Prin-ce Tartare, qui venoit le féliciter de ſes victoires au nom du Kham,&qui lui amenoit un cheval richement équipé, du nombre de ceux que leKham montoit, pour faire ſon entrée dans la Capitale de'Empire Chinois.Cette cavalcade fut relevée par toutes les marques d'honneur qui pouvoientflatter ſon ambition. IIl envoya les Portugais, ſous la conduite d un de ſesgens, au quartier qu'il devoit occuper; avec promeſſe de les préſenter lelendemain au Kham. Ce Prince, auquel il parla d'eux le meme jour, lesjugea dignes de la liberté. Mais une faveur ſi juſte, que Nauticor méêmesempreſſa de leur annoncer, trouva des obſtacles de la part d'un Seigneur
fort
(a) L'Auteur ne parle que de deux de(5b) L'Auteur ne dit pas ſi c'etoit ſeule-
ſes Compagnons. R. d. E. ment la Garniſon.(c) Pag. 572.Ece 3
MENDEZPINTo;O.
Nauticorrécon penſeles Portugais.
Barbarie duGénéral Tar-tare.
II ſe rendà Pekin.
Obſtacles àla liberté desPortugais.