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Tome douzième.
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AUX INDESORIENTALES, ELrv. II.

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Apnts nous étre avançés de dix ou douze pas dans la falle, nous fimesnôtre compliment, avec diverſes cérémonies, qu'on nous avoit enſeignécs.

des,& reçurent ſon ſerment ſur les maſ-ſes que portoient les jeunes gargons; cho-ſe qu'il fit à genoux,& baiſa la terre partrois diverſes fois. Après celà, l'entréelui fut donnée par une autre porte, qui é-toit de front; par où nous arrivàmes enune grande place faite en quarré, commeun cloitre. Là ſe voyoient quatre rangsde ſtatues de bronze, en fagon d'hommesſauvages, avec des maſſes& des couron-nes toutes dorées. Ces Idoles, ou cesGéeéans, avoient chacun, de hauteur,vingt ſix empans,& ſix de large, tant ſurla poitrine que ſur les épaules. Ils avoientla mine aſſez mauvaiſe& difforme,& lescheveux crépelus, en façon de Caffres.Le déſir que nous eũmes de ſavoir ce queſignifioient ces figures, nous le fit deman.der aux Tartares, qui nous dirent d'abordque c˙Stoient les trois cens ſoixxante Dieuxqui avoient fait les jours de Pannée, qu'onavoit mis là exprès, afin qu'en leurs eff-gies un chacun les adoràt continuellement,pour avoir créé les fruits de la Perre:qu'au reſte le Kham de Tartarie les avoitfait là tranſporter d'un grand Temple ap-pellé Angicamoy, qu'il avoit pris en laVille de Xipaton, en la Chapelle des Roisde la Chine, pour triompher d'eux lorſ-qu'il s'en retourneroit dans ſon Pays, afinqu’il fut connu dans le Monde, qu'en dépitdu Roi de la Chine il lui avoit captivé fesDieux.

„ En cette méme place, dans un lieu plan-té d'orangers, environné d'une paliſſadede lierre, de roſiers de romarins,& dediverfes flieurs que nous n'avons point enEurope, ſe voyoit une tente faite à plai-ſir, ſur douze baluſtres de bois de cam-phre, chacune en quatre tronçons d'ar-gent, en façon de cordelière, plus groſſeque le bras. Dans cette tribune, il y a-voit un Trône aſſez bas, en façon d'Au-tel, garni de feuillages de fin or, avecſon dais au haut, parſemé d'étoiles d'ar-gent, ouù ſe voyoient le Soleil, la Lune,& quelques nuées, les unes blanches,d'autres comme celles qui paroiſſent autems de pluye; toutes émaillées ſi au na-turel, avec tant d'artifice, qu'elles trom-poient les yeux de ceux qui les regar-doient, car elles fembloient pleuvoir vé-ritablement. Aumilieu de ce Trõne Cétoitcouchée, ſur un lit, une grande ſtatued'argent, nommée Abicau Milancor, qui

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Alors

ſigniße Dieu de la ſanté der Rois, qu'onavoit encore priſe dans le Temple d'An-gicamoy. Tout à l'entour de cette mêmeſtatüue, ſe voyoient trente- quatre Idoles,de la hauteur d'un enfant de cinq ou ſixans, leſquelles étoient rangées en deuxfiles,& miſes à genoux, avec les mainsbauffées, comme pour l'adorer. A l'en-trée de cette même tente, il y avoit qua-tre jeunes Gentilshommes richement vé-tus, leſquels avec leur encenſoir àla mainfaiſoient la ronde deux à deux; puis auſon d'une cloche qu'ils frappoient, ſe pro-ſternoient& s'encenſoient les uns les au-tres. A la garde de cette tente, étojentſoixante Hallebardiers, qui en étant unpeu éloignés, l'environnoient tout à l'en-tour. IIs étoient vétus de cuir bronzé,&portoient ſur leurs tétes des morions fortbien travaillés; toutes leſquelles choſes,jointes enſembje, étoient des objets fortagréables& majeſtueux.„Au ſortir de cette place, nous entràmesen un autre appartement, où il y avoitquatre grandes chambres, fort riches&bien parées, dans leſquelles étoient plu-ſieurs Gentilshommes, tant Etrangers quedu Pays. De-là paſſant outre, oùð Nauti-cor& les jeunes garçons nous conduiſoient,nous arrivàmes à ſa porte d'une grandeſalle baſfe, faite en fagon d'Egliſe, ouù ily avoit ſix Huiſſiers avec leurs maſſes,ſeſquels, avec un nouveau complimentqu'ils firent à Nauticor, nous firent tousentrer. En cette ſalle étoit le Kham deTartarie, accompagné de pluſieurs Prin-ces, Seigneurs& Capitaines, entre leſ-quels étolent les Rois de Pafua, Mecuy,Capinper, Raja- Benam, Ancheſacotay,&autres Rois, au nombre de quatorze, leſ-quels, avec des vétemens fort riches, é-toient tous afſis au pied de la tribune,&éloignés de deux ou trois pas. Un peuplus à l’'écart, ſe voyoient trente-deuxfemmes, fort belles, qui jouant de diversinſtrumens de muſique, faiſoient un con-cert fort doux à l'oreille. Le Roi étoitaſſis dans ſon Trͤne, ſous un riche dais,& avoit autour de lui douze enfans, quiſe tenoient à genoux, avec de petites maſ-ſes d'or en fagçon de ſceptres, qu'ils por-toient fur leurs épaules. Plus en arrière,étoit une jeune fille, grandement belle&fort richement vétue, avec un&ventail àla main, dont elle éventoit le Kham. Cel-22 le-

MENDEZPINTo.