AUX INDES ORIENTALE;S, Lrv. II. 4¹3
ple vers le Nord, on nous fit remarquer un enclos de vaſte étendue, danslequel il y avoit alors deux cens quatre-vingt Monaſtères de l'un& T'autreſexe, dédiés au même nombre dIdoles, où l'on nous aſſura qu'on necomptoit pas moins de quarante-deux mille perſonnes conſacrées à la vieReligieuſe, ſans y comprendre les Domeſtiques qui étoient employés à leurſervice. Nous wimes, entre les édifices, une infinité de colomnes de bron-ze;& ſur chaque colomne, une Ildole de même métal doré. Ony en vo-
oit aufſi d'autres qui étoient toutes d'argent. Un de ces Monaſtéres, dé-dieé à Quiay-hrigau, c'eſt-à-dire au Dieu des atomes du Soleil, avoit été fon-dé par une ſœur du Kham, veuve d'un Roi de Pafua, que la mort de ſonmari avoit portée à s'enfermer avec ſix mille femmes qui Iavoient ſuivie.Elle avoit pris par humilité, un nom Tartare, qui ſignifie Balay de la mai-ſon de Dieu. Les Ambaſſadeurs ſe firent un devoir de lui aller baiſer lespieds. Elle regut ce témoignage de leur reſpect avec beaucoup de bonté.Mais ayant jetté la vüe ſur nous,& s'etant informée qui nous étions, elleparut apprendre avec beaucoup d'étonnement, par le récit des Ambaſſa-deurs, que nous étions venus de Pextrémité du Monde,& d'un Pays dontles Tartares ne connoiſſoient pas le nom. Sa curioſité devint ſi vive, qu'el-le nous arréta long-tems. Ses queſtions étoient ingénieuſes. Elle raiſonnoitjuſte ſur nos réponſes;& dans la ſatisfaction qu'elle en regut, elle déclara„, que nous avions été nourris parmi des Peuples plus éclairés que les Tar-„ tares“. Enfin, nous ayant congédiés, avec des remercimens fort civils,elle nous fit donner cent taels.
MFNDEZPINToO.Etrange
multitude deMonaltéères.
Son entre-tien avec lesPortugais.
CINCQ jours apréès, nous arrivämes dans une grande Ville, nommée
Rendacalem, ſituée aux derniers confins de la Tartarie(e). De-là, étantentrés dans le Royaume de Xinaleygrau, quatre jours de marche nous con-quiſirent à Valem, où les Ambaſſadeurs furent regus avec beaucoup de ca-reſſes,& pourvus de Guides, ou de Pilotes, qui nous étoient néceſſairespour ſuivre les Rivieres par un grand nombre de communications. Nouscontinuames d'avancer pendant ſept jours, qui ne nous offrirent rien deremarquable, juſqu'au Détroit de Catencur, par lequel nos Pilotes jugèrentà propos de paſſer, autant pour abréger la route q pour Sviter la ren-contre d'un fameux Corſaire, qui avoit ravagé toutes ces Contrées. De-là,gouvernant d'abord à! Eſt,& variant enſuite avec les détours de l'eau,nous entràmes dans le Lac de Singapamor, que les Habitans du Pays nom-ment Cunebetay,& dont Pétendus, ſuivant le témoignage des Pilotes, eftd'environ trente-ſix lieues(f). Nous y vimes un prodigieux nombre detoutes ſortes d'oiſeaux. De ce Lac, que la Nature a placé au centre desterres, ſortent quatre Rivieères tres-larges& três-profondes, dont la pre-miere, nommée Ventrau, traverſe droit à Oueſt tout le Pays de Sornau,& fait ſon entrée dans la Mer par la Barre de Cbiantabu, à vingt-ſix de-grés. La ſeconde, qui ſe nomme Jangumaa, coule du Sud au Suſt-Eſt,
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(e) Les conjectures ſeroient inutiles ſur Pays voiſins,& le peu de connoiſſance quides noms& des Royaumes, dont la plüpart nous en eſt reſté.ne ſubſiſtent plius On a vü, au neuvième Fo-(f†) L'Auteur, dans un autre endroit, luime, les révolutions de la Tartarie& des donne cent quatre- vingt lieues de tour.
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Lac de Sin-gapamor,&ſon étendue.
Quatregrandes Ri-vières qui enſortent.