MrNDEZPINTO.
Les Portu-gais entrentdans la Co-chinchine.
Xolor, oùũſe fait la por-celaine émail-.lée.
Richeſſe&beauté duPays.
414 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
& traverſant les Royaumes de Chiammay, des Laor, d
es Gueor,& une par-tie du Dambambiur, arrive à la Mer p
ar la Barre de Martaban au Royaumede Pegu. De l'une à lautre embouchure, on compte plus de ſept censlieues de diſtance, par les degrés de ces climats. La troiſiéme, ſous lenom de Pomphileu, traverſe les Pays de Capimper& de Sacotay, arroſe enſui-te tout Empire de Monginoco, avec une partie de Melcytay& de Souady,& va ſe rendre dans la Mer par la Barre de Coſmim, prês d'Arrakan. Lenom de la quatriéme, n'étoit pas connu de nos Pilotes, ni des Ambaſſa-deurs; mais il y a beaucoup d'apparence que c'eſt le Gange, qui deſcendau Royaume de Bengale. Aprés avoir traverſé le Lac, nous arrivàmesdans leſpace de ſept jours, à la vqe d'une Ville nommée Caleypute, dontles Habitans nous gloignérent de leur rive à coups de dards& de pierres.Comme les vivres commengçoient à nous manquer, nous entràmes bien- têt,par le conſeil de nos Pilotes, dans une Riviere plus large, qui nous con-duiſit en neuf jours à Talem, Ville conſidérable, dont le Seigneur ſe re-connoiſſant ſujet de la Cochinchine, regut'Ambaſſadeur du Koi ſon Mat.tre avec tous les témoignages poſſibles de reſpect& d'amitié(g).
L. E lendemain, étant partis au coucher du Solsil, nous continuàmes dedeſcendre la Riviére pendant ſept jaurs, à la fin deſquels nous mouillamesau Port de Xolor, grande Ville, ouù ſe fait la porcelaine émaillée, qu'ontranſporte à la Chine(5). Les Ambafſadeurs s'y arretérent cinq jours,dont ils employérent une partie à viſiter des mines d'argent fort riches, juele Roi de la Cochinchine avoit fait ouvrir dans ce Canton. Nous en vimesſortir une quantité conſidérable de mineral;& plus de mille hommes étoientemployés à ce travail. Les Ambafſadeurs ayant demandé quelle quanrti-té d'argent elles rendoient chaqus annee, on leur répondit que juſqu'a-lors ellées avoient fourni ſix milſe Picos, qui font huit mille quintaux de'Europe(i).
Ex fortant de Xolor, les deux bords de la Riviére nous offrirent, pen-dant plus de cinq jours, un grand nombre de gros Bourgs& de belles Vil-les. La terre eſt excellente dans ce climat;& de toutes parts, les champsy font couverts de bled, de riz, de toutes ſortes de légumes,& de gran-des cannes de ſucre, qu'on y voit particulièrement dans une merveilleuſeabondance. Auſſi le Pays eſt-il riche& fort peuplé. Les Habitans y ſontordinairement vetus de ſoye,& montés ſur des chevaux bien équipeés. Lesfemmes ſont belles,& d'une extreme blancheur().
Er ne fut pas ſans beaucoup de travail& de danger que nous ſuiva-mes, dans ce lieu, la Riviére Ventrau, parcequ'il y remonte ordinaire-ment quantité de Pirates. Cependant nous deſcendimes heureuſement juſ-qu'à Manaquileu, Ville ſituée au pied des montagnes de Chomey, qui ſépa-rent la Cochinchine de IEmpire Chinois. Nous quittaàmes ici nos Bar-ques, pour aller coucher le lendemain à Quinancaat, Domaine d'une tan-te du Roi, que les Ambaſſadeurs viſitérent. Elle leur apprit que le Roiſon neveu étoit revenu de la guerre de Tinocongos, après lavoir heureuſe-
ment
(g) Pag. 615& précédentes. i) Ihidem
(*) Lbidem. 89 Pag. 618& précédentes.