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Tome douzième.
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454
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MENDEZPINToO.Douanes du

Royaume.

Cérémoniesde l'entrée.

Curioſitésque l'Auteurviſite.

Manicafa-

ran ou Priſon

des Dieux.

454 VvOYAGES DE MENDEZ PINTO

attendu par une eſcorte de vingt Barques, chargées de mille Soldats, avecleſquels nous arrivàmes le lendemain au ſoir, aux Douanes du Royaume,qui ſont deux Chateaux très-forts, ſitués auſſi ſur les deux bords de la Ri-vière,& joints dans toute ſa largeur par cinq groſſes chaines de laiton. UnOfficier ſe préſentant dans une Barque fort légere, pria l'Ambaſſadeur dedeſcendre à Campalagro, Lun des deux Chateaux ſitué du cêté du Sud, pourfaire voir ſi la Lettre dont il étoit chargé, pour le Calaminham, étoit con-çue dans la forme établie. II fallut ſe ſo0mettre à cet uſage. L'Ambaſſa-deur fut conduit dans une grande ſalle, où trois autres Officiers, environ-nés d'un grand nombre de Gentilshommes, lui firent un accueil fort civil 3& lui demandèrent ce qui l'amenoit, comme s'ils l'euſſent ignoré. IIl leurrépondit ,, qu'il venoit de la part du Roi de Brama, Seigneur de Tangu,„ pour communiquer au Saim Calaminham des ſecrets d'une haute impor-„ tance". Enſuite, leur ayant montré la Lettre, ils y corrigèerent quel-ques mots, qui n'étoient pas conformes au ſtyle ordinaire. II leur fit voirauſſi les préſens, dont ils admirérent la richeſſe; ſur-tout celle d'une chaiſed'or,& d'un harnois d'éléphant couvert de pierreries, que les Lapidai-res eſtimoient plus de ſix cens mille ducats(5f). Ces Officiers mirent,à toutes les piéces, des cordons de ſoye torſe, avec trois cachets delacque, comme un témoignage que la lettre& les préſens pouvoient êtreregus.

LE méme jour, nous vimes arriver un Député du premier Miniſtre de'Etat, qui apportoit à P'Ambaſſadeur toutes ſortes de rafraichiſſemens,&qui venoit le prier de ſuſpendre ſa marche pendant neuf jours. C'etoit unintervalle dont les Officiers du Calaminham avoient beſoin pour leurs prépa-ratifs. On nous le fit employer à divers amuſemens, tels que la chaſſe&la péche, qui étoient ſuivis de grands feſtins, de concerts de muſique& decomédies. Cependant j'obtins de l'Ambaſſadeur, pour mes Compagnons&pour moi, la permiſſion de viſiter pluſieurs curioſités du Pays, que les Ha-bitans nous avoient vantées. On nous fit voir, aux environs de la Rivie-re, des Bâtimens fort antiques, des Temples ſomptueux, de fort beauxJardins, des Chateaux bien fortifiés,& des Maiſons d'une ſtructure ſingu-liere. Noôtre principale admiration fut pour un Hôpital, nommé Manica-faran, qui ſervoit uniquement à loger les Pélerins. II contenoit plus d'unelieue dans ſon enceinte. On y voyoit douze rues voutées, dont chacuneétoit bordée de deux cens quarante maiſons, c'eſt-à-dire, ſix-vingt de cha-que côté; toutes remplies de Pélerins étrangers, qui ne ceſſoient pas deſe ſuccéder pendant le cours de l'année. IIs y étoient non-ſeulement bienlogés, mais nourris fort abondamment pendant le jour,& ſervis par qua-tre mille Prêtres, qui vivoient dans ſix-vingt Monaſtéres. Manicafaranſignifie Priſon des Dieuxv. Le Temple de cet Hôpital étoit fort grand. IIStoit compoſé de trois Nefs, dont le centre étoit une Chapelle de formeronde, environnée de trois baluſtres de laiton; avec deux portes, ſur cha-cune deſquelles on remarquoit un gros marteau de même métal. Cette Cha-pelle renfermoit quatre-vingt Idoles, des deux ſexes, ſans y comprendre

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